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LETTRES PERSANES.
plantes, et se fil sentir dans tout le monde connu Jusqu’à l’em ■pire du Catay : un degré de plus de corruption aurait, peut-être en un seul jour, détruit toute la nature humaine.
Il n’y a pas deux siècles que la plus honteuse de toutes lesmaladies se lit sentir en Europe, en Asie et en Afrique ; ellelit dans très-peu de temps des effets prodigieux : c’était faitdes hommes, si elle avait continué ses progrès avec la mêmefurie. Accablés de maux dès leur naissance, incapables desoutenir le poids des charges de la société , ils auraient périmisérablement.
Qu’aurait-ce été si le venin eût été un peu plus exalté ? et ille serait devenu sans doute, si l’on n’avait été assez heureuxpour trouver un remède aussi puissant que celui qu’on a dé-couvert. Peut-être que cette maladie, attaquant les parties dela génération, aurait attaqué la génération même.
Mais pourquoi parler de la destruction qui aurait pu arriverau genre humain? n’est-elle pas arrivée en effet, et le délugene le réduisit-il pas à une seule famille ?
Ceux qui connaissent la nature, et qui ont de Dieu une idéeraisonnable, peuvent-ils comprendre que la matière et les cho-ses créées n’aient que six mille ans ? que Dieu ait différé pen-dant toute l’éternité ses ouvrages, et n’ait usé que d’hier de sapuissance créatrice ? Serait-ce parce qu’il ne l’aurait pas pu ,ou parce qu’il ne l’aurait pas voulu ? Mais s’il ne l’a pas pu dansun temps, il ne l’a pas pu dans l’autre. C’est donc parce qu’ilne l’a pas voulu. Mais, comme il n’y a point de succession dansDieu, si l’on admet qu’il ait voulu quelque chose une fois, ill’a voulu toujours, et dès le commencement.
Il ne faut donc pas compter les années du monde ; le nom-bre des grains de sable de la mer ne leur est pas plus compara-ble qu’un instant.
Cependant tous les historiens nous parlent d’un premierpère; ils nous font voir la nature humaine naissante. N’est-ilpas naturel de penser qu’Adam fut sauvé d’un malheur com-mun , comme Noé le fut du déluge , et que ces grands événe-