LETTRES PERSANES.
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nies morts dès leur naissance ! quelle dépopulation ne doit-ilpas s’ensuivre ! '
Les filles esclaves qui sont dans le . sérail pour servir avecles eunuques ce grand nombre de femmes, y vieillissent pres-que toujours dans une affligeante virginité : elles ne peuventpas se marier pendant qu’elles y restent ; et leurs maîtresses,une fois accoutumées à elles, ne s’en défont presque jamais.
Voilà comment un seul homme occupe lui seul tant de sujetsde l’un et l’autre sexe à ses plaisirs, les fait mourir pour l’État,et les rend inutiles à la propagation de l’espèce.
Constantinople et Ispahan sont les capitales des deux plusgrands empires du monde : c’est là que tout doit aboutir, etque les peuples, attirés de mille manières, se rendent detoutes parts. Cependant elles périssent d’elles-mêmes, et ellesseraient bientôt détruites, si les souverains n’y faisaient venir,presque à chaque siècle, des nations entières pour les repeu-pler. J’épuiserai ce sujet dans une autre lettre.
A Paris,le 13 delalunedeChaliban, 1718 .
CXVI. USBEK AU MÊME.
Les Romains n’avaient pas moins d’esclaves que nous : ilsen avaient même plus ; mais ils en faisaient un meilleur usage.
Bien loin d’èmpêcher par des voies forcées la multiplicationde ces esclaves, ils la favorisaient au contraire de tout leurpouvoir; ils les associaient le plus qu’ils pouvaient par desespèces de mariages. Par ce moyen, ils remplissaient leursmaisons de domestiques de tous les sexes, de tous les âges ; etl’État, d’un peuple innombrable.
Ces enfants, qui faisaient à la longue la richesse d’unmaître, naissaient sans nombre autour de lui : il était seulchargédeleurnourritureet de leur éducation. Les pères, libresde ce fardeau, suivaient uniquement le penchant de la nature,et multipliaient sans craindre une trop nombreuse famille.
Je t’ai dit que parmi nous tous les esclaves sont occupés à