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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

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CXVII. USBEK AU MÊME.

Nous avons jusqu’ici parlé des pays mahométans, et cher-ché la raison pourquoi ils étaient moins peuplés que ceux quiétaient soumis à la domination des Romains : examinons àprésent ce qui a produit cet effet chez les chrétiens.

Le divorce était permis dans la religion païenne, et iLfutdéfendu aux chrétiens. Ce changement, qui parut d’ahord desi petite conséquence, eut insensiblement des suites terribles,et telles qu’on peut à peine les croire.

On ôta non-seulement toute la douceur du mariage , maisaussi l’on donna atteinte à sa lin : eu voulant resserrer sesnœuds, on les relâcha; et au lieu d’unir les cœurs , commeon le prétendait, on les sépara pour jamais.

Dans une action si libre, et où le cœur doit avoir tant depart, on mit la gène, la nécessité, et la fatalité du destinmeme. On compta pour rien les dégoûts , les caprices, et l’in-sociabilité des humeurs ; on voulut fixer le cœur, c’est-à-direce qu’il y a de plus variable et de plus inconstant dans lanature : on attacha sans retour et sans espérance des gens ac-cablés l’un de l’autre, et presque toujours mal assortis; et l’onlit comme ces tyrans qui faisaient lier des hommes vivants àdes corps morts.

Rien ne contribuait plus à l’attachement mutuel que la fa-.culte du divorce : un mari et une femme étaient portés à sou-tenir patiemmentles peines domestiques, sachant qu’ils étaientmaîtres de les faire finir ; et ils gardaient souvent ce pouvoiren main toute leur vie sans eu user, par cette seule considé-ration qu’ils étaient libres de le faire.

Il n’en est pas de même des chrétiens, que leurs peinesprésentes désespèrent pour l’avenir. Ils ne voient dans lesdésagréments du mariage que leur durée, et, pour ainsi dire,leur éternité : de là viennent les dégoûts, les discordes , lesmépris ; et c’est autant de perdu pour la postérité. A peinea-t-on trois ans de mariage, qu’on en néglige l’essentiel; on

su.