LETTRES PERSANES.
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l>asse ensemble trente ans de froideur : il se forme des sépa ■rations intestines aussi fortes et peut-être plus pernicieusesque si elles étaient publiques : chacun vit et reste de son côté,et tout cela au préjudice des races futures. Bientôt un homme,dégoûté d’une femme étemelle, se livrera aux filles de joie 1 :commerce honteux et si contraire à la société, lequel, sansremplir l’objet du mariage, n’en représente tout au plus queles plaisirs.
Si de deux personnes ainsi liées il y en a une qui n’est paspropre au dessein de la nature et à la propagation de l’es-pèce, soit par son tempérament, soit par son âge, elle ense-velit l’autre avec elle, et la rend aussi inutile qu’elle l’est elle-même.
Il ne faut donc pas s’étonner si l’on voit chez les chrétienstant de mariages fournir un si petit nombre de citoyens. Ledivorce est aboli ; les mariages mal assortis ne se raccommo-dent plus; les femmes ne passent plus, comme chez les Ro-mains , successivement dans les mains de plusieurs maris,qui en tiraient, dans le chemin , le meilleur parti qu’il étaitpossible.
J’ose le dire : si dans une république comme Lacédémone,où les citoyens étaient sans cesse gênés par des lois singuliè-res et subtiles, et dans laquelle il n’y avait qu’une famille ,qui était la république, il avait été établi que les maris chan-geassent de femme tous les ans , il en serait né un peuple in-nombrable.
Il est assez difficile de faire bien comprendre la raison quia porté les chrétiens à abolir le divorce. Le mariage, cheztoutes les nations du monde, est un contrat susceptiblede toutes les conventions, et on n'en a dû bannir quecelles qui auraient pu en affaiblir l’objet ; mais les chrétiensne le regardent pas dans ce point de vue : aussi ont-ils biende la peine à dire ce que c’est. Ils ne le font pas consister dans
1 Un Persan ne pouvait pas parler autrement : les hommes jugent tietout relativement à leur âge, à leur humeur, et à leurs passions, tP-J