LETTRES PERSANES.
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le plaisir des sens; au contraire, comme je te l’ai déjà dit, ilsemble qu’ils veulent l’en bannir autant qu’ils peuvent : maisc’est une image, une figure, et quelque chose de mystérieux ,que je ne comprends point.
A Paris, le 19 de la lune deChahban, 1718.
CXV1II. USBEK AU MÊME.
La prohibition du divorce n’est pas la seule cause de ladépopulation des pays chrétiens : le grand nombre d’eunuquesqu’ils ont parmi eux n’en est pas un moins considérable.
Je parle des prêtres et des dervis de l’un et de l’autre sexe,qui se vouent à une continence éternelle : c’est chez leschrétiens la vertu par excellence; en quoi je ne les comprendspas, ne sachant ce que c’est qu’une vertu dont il ne résulterien.
Je trouve que leurs docteurs se contredisent manifeste-ment quand ils disent que le mariage est saint, et que le cé-libat , qui lui est opposé, l’est encore davantage, sans compterqu’en fait de préceptes et de dogmes fondamentaux le bienest toujours le mieux.
Le nombre de ces gens faisant profession de célibat estprodigieux. Les pères y condamnaient autrefois les enfantsdès le berceau ; aujourd’hui ils s’y vouent eux-mêmes dès l’âgede quatorze ans : ce qui revient à peu près à la même chose.
Ce métier de continence a anéanti plus d’hommes que lespestes et les guerres les plus sanglantes n’ont jamais fait.On voit dans chaque maison religieuse une famille éternelle,où il ne naît personne, et qui s’entretient aux dépens detoutes les autres. Ces maisons sont toujours ouvertes, commeautant de gouffres où s’ensevelissent les races futures.
Cette politique est bien différente de celle des Romains, quiétablissaient des lois pénales contre ceux qui se refusaientaux lois du mariage, et voulaient jouir d’une liberté si con-traire à l’utilité publique.