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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

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terres y est abandonnée, mais même l’industrie y est perni-cieuse; elle ne consiste qu’à apprendre cinq ou six mots d’unelangue morte. Dès qu’un homme a cette provision par deverslui, il ne doit plus s’embarrasser de sa fortune : il trouve dansle cloître une vie tranquille, qui dans le monde lui auraitcoûté des sueurs et des peines.

Ce n’est pas tout, les dervis ont en leurs mains presquetoutes les richesses de l’État; c’est une société de gens avaresqui prennent toujours, et ne rendent jamais : ils accumulentsans cesse des revenus pour acquérir des capitaux. Tant derichesses tombent, pour ainsi dire, en paralysie; plus de cir-culation, plus de commerce, plus d’arts, plus de manufac-tures.

11 n’y a point de prince protestant qui ne lève sur ses peu-ples beaucoup plus d’impôts que le pape n’en lève sur sessujets; cependant ces derniers sont misérables, pendant queles autres vivent dans l’opulence. Le commerce ranime toutchez les uns , et le monachisme porte la mort partout chezles autres.

A Paris, le 26 de la lune de Chahban, 1718 .

CX1X. USBER AU MÊME.

Nous n’avons plus rien à dire de l’Asie et de l’Europe; pas-sons à l’Afrique. On ne peut guère parler que de ses côtes ;parce qu’on n’en connaît pas l’intérieur.

Celles de Barbarie, où la religion mahométane est établie,ne sont plus si peuplées qu’elles étaient du temps des Ro-mains, par les raisons que nous avons déjà dites. Quant auxcôtes de la Guinée, elles doivent être furieusement dégarniesdepuis deux cents ans que les petits rois, ou chefs des villa-ges , vendent leurs sujets aux princes d’Europe, pour les por-ter dans leurs colonies en Amérique.

Ce qu’il y a de singulier, c’est que cette Amérique, qui re-çoit tous les ans tant de nouveaux habitants, est elle-même dé-