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LETTRES PERSANES.
philosophe assez mal en ordre qui prenait le nouvelliste enpitié, et haussait les épaules à mesure que l’autre haussait lavoix. Je m’approchai de lui, et il me dit à l’oreille : Vous voyezque ce fat nous entretient, il y a une heure, de sa frayeurpour le Languedoc ; et moi, j’aperçus hier au soir une tachedans le soleil, qui, si elle augmentait, pourrait faire tombertoute la nature en engourdissement ; et je n’ai pas dit un seulmot.
A Paris, le 17 de la lune de Rhamazan, 1710.
CXXXIII. RICA A ***.
J’allai l’autre jour voir une grande bibliothèque dans uncouvent de dervis, qui en sont comme les dépositaires, maisqui sont obligés d’y laisser entrer tout le monde à certainesheures.
En entrant je vis un homme grave qui se promenait au mi-lieu d’un nombre innombrable de volumes qui l’entouraient.J’allai à lui, et le priai de me dire quels étaient quelques-unsde ces livres que je voyais mieux reliés que les autres. Mon-sieur, me dit-il, j’habite ici une terre étrangère : je n’y con-nais personne : bien des gens me font de pareilles questions ;mais vous voyez bien que je n’irai pas lire tous ces livres pourles satisfaire ; mais j’ai mon bibliothécaire qui vous donnerasatisfaction, car il s’occupe nuit et jour à déchiffrer tout ceque vous voyez là ; c’est un homme qui n’est bon à rien, etqui nous est très à charge, parce qu’il ne travaille point pourle couvent. Mais j’entends l’heure du réfectoire qui sonne.Ceux qui comme moi sont à la tête d’une communauté doiventêtre les premiers à tous les exercices. En disant cela , le moineme poussa dehors, ferma la porte, et, comme s’il eût volé,disparut à mes yeux.
De Paris, 3e 2 J delà lune de Rhamazan, 1719.