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LETTRES PERSANES.'
« suis proposé. Assemblons nos richesses dans un même en-« droit; nous le pouvons facilement, car elles ne tiennent« pas un gros volume. Aussitôt il en disparut les trois« quarts. »
A Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1720.
CXLIII. RICA A NATHANAËL LÉVI, MÉDECIN JUIF.
A Livourne.
Tu me demandes ce que je pense de la vertu des amulettes etde la puissance des talismans. Pourquoi t’adresses-tu à moi ?tu es Juif, et je suis mahométan : c’est-à-dire que nous som-mes tous deux bien crédules.
Je porte toujours sur moi plus de deux mille passages dusaint Alcoran; j’attache à mes bras un petit paquet où sontécrits les noms de plus de deux cents dervis : ceux d’Hali, deFatmé, et de tous les purs, sont cachés en plus de vingt en-droits de mes habits.
Cependant je ne désapprouve point ceux qui rejettent cettevertu que. l’on attribue à de certaines paroles. Il nous est bieDplus difficile de répondre à leurs raisonnements qu’à eux derépondre à nos expériences.
Je porte tous ces chiffons sacrés par une longue habitude,pour me conformer à une pratique universelle ; je crois que,s’ils n’ont pas plus de vertu que les bagues et les autres orne-ments dont on se pare, ils n’en ont pas moins. Mais toi, tumets toute ta confiance sur quelques lettres mystérieuses ; et,sans cette sauvegarde, tu serais dans un effroi continuel.
Les hommes sont bien malheureux ! ils flottent sans cesseentre de fausses espérances et des craintes ridicules ; et, aulieu de s’appuyer sur la raison, ils se font des monstres quiles intimident, ou des fantômes qui les séduisent.
Quel effet veux-tu que produise l’arrangement de certaines-lettres ? quel effet veux-tu que leur dérangement puisse trou-