LETTRES PERSANES.
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Enfin, il faut joindre à une réputation équivoque la pri-vation des plaisirs et la perte de la santé.
De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.
CXLVI. USBEK A RIIÉDI.
A Venise.
Il y a longtemps que l’on a dit que la bonne foi était l’âmed’un grand ministre.
Un particulier peut jouir de l’obscurité où il se trouve, ilne se décrédite que devant quelques gens : il se tient couvertdevant les autres ; mais un ministre qui manque à la pro-bité à autant de témoins , autant de juges, qu’il y a de gensqu’il gouverne.
Oserai-je le dire? le plus grand mal que fait un ministresans probité n’est pas de desservir son prince et de ruinerson peuple ; il y en a un autre, à mon avis, mille fois plusdangereux : c’est le mauvais exemple qu’il donne.
Tu sais que j’ai longtemps voyagé dans les Indes. J’y aivu une nation, naturellement généreuse, pervertie en un ins-tant, depuis le dernier des sujets jusqu’aux plus grands,par le mauvais exemple d’un ministre; j’y ai vu tout unpeuple, chez qui la générosité, la probité, la eandeur et labonne foi ont passé de tout temps pour les qualités natu-relles , devenir tout à coup le dernier des peuples ; le mal secommuniquer, et n’épargner pas même les membres les plussains; les hommes les plus vertueux faire des choses indi-gnes , et violer, dans toutes les occasions de leur vie, les pre-miers principes de la justice, sur ce vain prétexte qu’on laleur avait violée.
Ils appelaient des lois odieuses en garantie des actionsles plus lâches, et nommaient nécessité l’injustice et la perfi-die.
J’ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes con-ventions anéanties, toutes les lois des familles renversées.