LETTRES PERSANES.
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ait oublié sa patrie; ou plutôt il semble qu’il m’ait oublié moi-même, tant il est insensible à mes déplaisirs.
Malheureux que je suis ! je souhaite de revoir ma patrie,peut-être pour devenir plus malheureux encore! Eh! qu’y fe-rai-je? Je vais rapporter ma tête à mes ennemis. Ce n’est pastout : j’entrerai dans le sérail ; il faut que j’y demande comptedu temps funeste de mon absence ; et si j’y trouve des coupa-bles , que deviendrai-je? Et si la seule idée m’accable de si loin,que sera-ce lorsque ma présence la rendra plus vive ? quesera-ce. s’il faut que je voie, s’il faut que j’entende ce que jen’ose imaginer sans frémir? que sera-ee enfin s’il faut que deschâtiments que je prononcerai moi-même soient des marqueséternelles de ma confusion et de mon désespoir?
J’irai m’enfermer dans des murs plus terribles pour moi quepour les femmes qui y sont gardées ; j’y porterai tous mes soup-çons, leurs empressements ne m’en déroberont rien; dansmon lit, dans leurs bras, je ne jouirai que de mes inquiétudes;dans un temps si peu propre aux réflexions, ma jalousie trou-vera à en faire. Rebut indigne de la nature humaine, esclavesvils dont le cœqr a été fermé pour jamais à tous les sentimentsde l’amour, vous ne gémiriez plus sur votre condition, si vousconnaissiez le malheur de la mienne.
De Paris, le 4 de la lune de Chahban, nui.
CLVI. ROXANE A USBEK.
A Paris.
L’horreur, la nuit et l’épouvante régnent dans le sérail ;un deuil affreux l’environne; un tigre y exerce à chaque ins-tant toute sa rage. Il a mis dans les supplices deux eunuquesblancs, qui n’ont avoué que leur innocence; il a vendu unepartie de nos esclaves, et nous a obligées de changer entrenous celles qui nous restaient. Zachi et Zélis ont reçu dansleur chambre, dans l’obscurité de la nuit, un traitement in-digne ; le sacrilège n’a pas craint de porter sur elles ses viles
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