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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

mains. Il nous tieDt enfermées chacune dans notre apparte-ment; et, quoique nous y soyons seules, il nous y fait vivresous le voile. Il ne nous est plus permis de nous parler; ceserait un crime de nous écrire : nous n’avons plus rien delibre que les pleurs.

Une troupe de nouveaux eunuques est entrée dans le sé-rail, où ils nous assiègent nuit et jour ; notre sommeil est sanscesse interrompu par leurs méfiances feintes ou véritables.Ce qui me console , c’est que tout ceci ne durera pas long-temps , et que ces peines finiront avec ma vie. Elle ne serapas longue, cruel Usbek ! je ne te donnerai pas le temps defaire cesser tous ces outrages,

Da sérail d’ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720 .

CLVII. ZACHI A USBEK.

A. Paris.

O ciel ! un barbare m’a outragée jusque dans la manièrede me punir! il m’a infligé ce châtiment qui commence pafalarmer la pudeur, ce châtiment qui met dans l’humiliationextrême, ce châtiment qui ramène, pour ainsi dire, à l’en-fance.

Mon âme , d’abord anéantie sous la honte, reprenait le sen-timent d’elle-même, et commençait à s’indigner, lorsque mescris firent retentir les voûtes de mes appartements. On m’en-tendit demander grâce au plus vil de tous les humains, et ten-ter sa pitié à mesure qu’il était plus inexorable.

Depuis ce temps , son âme insolente et servile s’est élevéesur la mienne. Sa présence, ses regards, ses paroles, tousles malheurs viennent m’accabler. Quand je suis seule, j’aidu moins la consolation de verser des larmes ; mais lorsqu’ils’offre à ma vue, la fureur me saisit ; je la trouve impuissante,et je tombe dans le désespoir.

Le tigre ose me dire que tu es l’auteur de toutes ces bar-baries. Il voulait m’ôter mon amour, et profaner jusques aux