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LE TEMPLE DE GNIDE.
Delphes, oit Apollon agite la Pythie; mais Vénus elle-même écouteles mortels, sans se jouer de leurs espérances ni de leurs craintes.
Une coquette de Me de Crète était venue à Gnide ; .elle marchaitentourée de tous les jeunes Gnidiens : elle souriait à l’un, [«riait àl’oreille à l’autre, soutenait sou bras sur un troisième, criait à deuxautres delà suivre. Elle était belle, et parée avec art; le son de savoix étaitimposteurcommeses yeux. O ciel! qued’alarmes ne causa-t-elle point aux vraies amantes ! Elle se présenta à l’oracle aussi fièreque lesdéesses;maissoudainnous entendîmes une voix qui sortait dusanctuaire : Perfide ! comment oses-tu porter les artifices jusque dans leslieuxoù je règne avec la candeur? Je vais te punir d’une manière cruelle :je t’ôterai tes charmes, mais je te laisserai le cœur comme il est. Tu ap-pelleras tous les hommes que tu verras; ils te fuiront comme uneom-bre plaintive, et tu mourras accablée de refus et de mépris.
Une courtisane de Nocrétis vint ensuite toute brillante des dépouil-les de ses amants. Va, dit la déesse, tu te trompes, si tu crois fairela gloire de mon empire : ta beauté fait voir qu’il y a des plaisirs,mais elle ne les donne pas. Ton cœur est comme le fer ; et, quandtu verrais mon fils même, tu ne saurais l’aimer. Va prodiguer teslaveurs aux hommes lâches qui les demandent et qui s’en dégoûtent ;va leur montrer des charmes que l’on voit soudain, et que l’on perdpour toujours. Tu n’es propre qu’à faire mépriser ma puissance.
Quelque temps après vint un homme riche qui levait les tributs duroi de Lydie. Tu me demandes, dit la déesse, une chose que je nesaurais faire, quoique je sois la déesse de l’amour. Tu achètes des beau-tés pour les aimer ; mais tu ne les aimes pas, parce que tu les achè-tes. Tes trésors ne te seront point inutiles ; ils te serviront à te dégoû-ter de tout ce qu’il y a de plus charmant dans la nature.
Un jeune homme de Doride, nommé Aristée, se présenta ensuite,il avait vu à Gnide la charmante Camille; il en était éperdumentamoureux; il sentait tout l’excès de son amour, et il venait deman-der à Vénus qu’il pût l’aimer davantage.
Je connais ton cœur, lui dit la déesse ; tu sais aimer. J’ai trouvéCamille digne de toi : j’aurais pu la donner au plus grand roi dumonde; mais les rois la méritent moins que les bergers.
Je parus ensuite avec Thémire. La déesse me dit : Il n’y a pointdans mon empire de mortel qui me soit plus soumis que toi. Mais queveux-tu que je fasse? Je ne saurais te rendre plus amoureux, ni Thé-mire plus charmante. Ah ! lui dis-je, grande déesse, j’ai mille grâces