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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LE TEMPLE DE GNIDE. 509

A mesure que le dieu donne le plaisir d’aimer, Vénus y joint lebonheur de plaire.

Les filles entrent chaque jour dans le sanctuaire, pour faire leurprièreà Vénus. Elles y expriment des sentiments naïfs comme le cœurqui les fait naître. Reine d’Amathonte, disait une d’elles, ma flammepour Thyrsis est éteinte ; je ne te demande pas de me rendre monamour ; fais seulement qu’Ixiphile m’aime.

Une autre disait tout bas : Puissante déesse, donne-moi la force decacher quelque temps mon amour à mon berger, pour augmenter leprix de l’aveu que je veux lui en faire.

Déesse de Cythère, disait une autre, je cherche la solitude; lesjeux de mes compagnes ne me plaisent plus. J’aime peut-être. Ah !si j’aime quelqu’un, ce ne peut être que Daphnis.

Dans les jours de fêtes, les filles et les jeunes garçons viennent ré-citer des hymnes en l’honneur de Vénus : souvent ils chantent sagloire, en chantant leurs amours.

Un jeune Gnidien, qui tenait par la main sa maîtresse, chantaitainsi : Amour, lorsque tu vis Psyché, tu te blessas sans doute desmêmes traits dont tu viens de blesser mon cœur : ton bonheur n’é-tait pas différent du mien ; car tu sentais mes feux, et moi j’ai sentites plaisirs.

J’ai vu tout ce que je décris. J’ai été à Guide ; j’y ai vu Thémire,et je l’ai aimée : je l’ai vue encore, et je l’ai aimée davantage. Je res-terai toute ma vie à Guide avec elle, et je serai le plus heureux desmortels.

Nous irons dans le temple, et jamais il n’y sera entré un amants!fidèle ; nous irons dans le palais de Vénus, et je croirai que c’est le pa-lais de Thémire ; j’irai dans la prairie, et je cueillerai des fleurs que jemettrai sur son sein. Peut-être que je pourrai la conduire dans le bo-cage où tant de routes vont se confondre; et quand elle sera égarée...L’Amour, qui m’inspire, me défend de révéler ses mystères.

SECOND CHANT.

Il y a à Gnide un antre sacré que les nymphes habitent, où la déesserend ses oracles. La terre ne mugit point sous les pieds; les cheveuxne se dressent point sur la tête; il n’y a point de prêtresses comme à

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