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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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612 LE TEMPLE DE GN1DE.

doivent nous donner de l’avantage sur une pudeur qui s’alarme sanscesse.

Je vis les filles de la superbe Lacédémone : leur robe était ouvertepar les côtés, depuis la ceinture, de la manière la plus immodeste;et cependant elles faisaient les prudes, et soutenaient qu’elles ne vio-laient la pudeur que par amour pour la patrie.

Mer fameuse par tant de naufrages, vous savez conserver des dépôtsprécieux. Vous vous calmâtes lorsque le navire Argo porta la toisond’or sur votre plaine liquide; et, lorsque cinquante beautés sont par-ties de Colchos, et se sont confiées à vous, vous vous êtes courbéesous elles.

Je vis aussi Oriane, semblable aux déesses : toutes les beautés deLydie entouraient leur reine. Elle avait envoyé devant elle cent jeu-nes filles qui avaient présenté à Vénus une offrande de deux centstalents. Candaule était venu lui-même, plus distingué par son amourque par la pourpre royale : il passait les jours et les nuits à dévorerde ses regards les charmes d’Orianc ; ses yeux erraient sur son beaucorps, et ses yeux ne se lassaient jamais. Hélas ! disait-il, je suis heu-reux ; mais c’est une chose qui n’est sue que de Vénus et de moi :mon bonheur serait plus grand s’il donnait de l’envie. Beile reine,quittez ces vains ornements; faites tomber cette toile importune;montrez-vous à l’univers ; laissez le prix de la beauté, et demandezdes autels.

Auprès de là étaient vingt Babyloniennes ; elles avaient des robesde pourpre brodées d’or : elles croyaient que leur luxe augmentaitleur prix. II y en avait qui portaient, pour preuve de leur beauté,les richesses qu’elle leur avait fait acquérir.

Plus loin je vis cent femmes d’Égypte, qui avaient les yeux et lescheveux noirs. Leurs maris étaient auprès d’elles, et ils disaient :Les lois nous soumettent à vous en l’honneur d’Isis ; mais votrebeauté a sur nous un empire plus fort que celui des lois : nous vousobéissons avec le même plaisir que l’on obéit aux dieux ; nous som-mes les plus heureux esclaves de l’univers.

Le devoir vous répond de notre fidélité; mais il n’y a que l’amourqui puisse nous promettre la vôtre.

Soyez moins sensibles à la gloire que vous acquerrez à Gnide qu’auxhommages que vous pouvez trouver dans votre maison auprès d’unmari tranquille, qui, pendant que vous vous occupez des affaires du