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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LE TEMPLE DE GNIDE. 513

dehors, doit attendre dans le sein de votre famille le cœur que vouslui rapportez.

Il vint des femmes de cette ville puissante qui envoie ses vaisseauxau bout de l’univers : les ornements fatiguaient leur tête superbe;toutes les parties du monde semblaient avoir contribué à leur parure.

Dix beautés vinrent des lieux où commence le jour : elles étaientfilles de l’Aurore, et, pour la voir, elles se levaient tous les joursavant elle. Elles se plaignaient du Soleil, qui faisait disparaître leurmère ; elles se plaignaient de leur mère, qui ne se montrait à ellesque comme au reste des mortels.

Je vis sous une tente une reine d’un peuple des Indes. Elle étaitentourée de ses filles, qui déjà faisaient espérer les charmes de leurmère; des eunuques la servaient, et leurs yeux regardaient la terre :car, depuis qu’ils avaient respiré l’air de Gnide, ils avaient senti re-doubler leur affreuse mélancolie.

Les femmes de Cadis, qui sont aux extrémités de la terre, dispu-tèrent aussi le prix. Il n’y a point de pays dans l’univers où une bellene reçoive des hommages ; mais il n’y a que les plus grands homma-ges qui puissent apaiser l’ambition d’une belle.

Les filles de Gnide parurent ensuite : belles sans ornements, ellesavaient des grâces au lieu de perles et de rubis. On ne voyait sur leu rtète que les présents de Flore ; mais ils y étaient plus dignes des em-brassements de Zéphyre. Leur robe n’avait d’autre mérite que celuide marquer une taille charmante, et d’avoir été filée de leurs propresmains.

Parmi toutes ces beautés on ne vit point la jeune Camille. Elle avaitdit : Je ne veux point disputer le prix de la beauté ; il me suffit quemon cher Aristée me trouve belle.

Diane rendait ces jeux célèbres par sa présence. Elle n’y venaitpoint disputer le prix ; car les déesses ne se comparent point auxmortelles. Je la vis seule, elle était belle comme Yénus, je la visauprès de Vénus, elle n’était plus que Diane.

Il n’y eut jamais un si grand spectacle : les peuples étaient séparésdes peuples ; les yeux erraient de pays en pays, depuis le couchantjusqu’à l’aurore : il semblait que Gnide fût tout l’univers.

Les dieux ont partagé la beauté entre les nations, comme la na-ture l’a partagée entre les déesses. Là, on voyait la beauté fière dePallas; ici, la grandeur et la majesté de Junon; plus loin, la sim-