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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LE TEMPLE DE GN1DE.

regards. Grande Vénus, m’écr&i-je, puisque vous devez me rendreheureux, faites que ce soit avec celle bergère : je renonce à toutesles autres beautés ; elle seule peut remplir vos promesses et tous lesvœux que je ferai jamais.

CINQUIÈME CHANT.

Je parlais encore au jeune Aristée de mes tendres amours; ils luifirent soupirer les siens. Je soulageai son cœur, en le priant de meles raconter. Voici ce qu’il me dit : je n’oublierai rien; car je suisinspiré par le même dieu qui le faisait parler.

Dans tout ce récit vous ne trouverez rien que de très-simple : mesaventures ne sont que les sentiments d’un cœur tendre, que mesplaisirs , que mes peines; et comme mon amour pour Camille fait lebonheur, il fait aussi toute l’histoire de ma vie.

Camille est fille d’un des principaux habitants de Gnide; elle estbelle, elle a une physionomie qui va se peindre dans tous les cœurs :les femmes qui font des souhaits demandent aux dieux les grâces deCamille ; les hommes qui la voient veulent la voir toujours, ou crai-gnent de la voir encore.

Elle a une taille charmante, un air noble, mais modeste, des yeuxvifs et tout prêts à être tendres, des traits faits exprès l’un pourl’autre, des charmes invisiblement assortis pour la tyrannie descœurs.

Camille ne cherche point à se parer, mais elle est mieux paréeque les autres femmes.

Elle a un esprit que la nature refuse presque toujours aux belles.Elle se prête également au sérieux et à l’enjouement. Si vous voulez,elle pensera sensément; si vous voulez, elle badinera comme lesGrâces.

Plus on a d'esprit, plus on en trouve à Camille. Elle a quelquechose de si naïf, qu’il semble qu’elle ne parle pas le langage du cœur.Tout ce qu’elle dit, tout ce qu’elle fait, aies charmes de la simpli-cité : vous trouvez toujours une bergère naïve. Des grâces si légères,si fines, si délicates, se font remarquer, mais se font encore mieuxsentir.

Avec tout cela Camille m’aime : elle est ravie quand elle me voit,