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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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ABSACE ET ISMËNIE.

mère, dit-il, je battais de mes ailes sur votre sein ; on me les a cou-pées : que vais-je devenir P Mon fils, dit la belle Cypris, ne pleurezpoint ; restez sur mon sein ; ne bougez pas : la chaleur va les faire re-naître. Ne voyez-vous pas qu’elles sont plus grandes ? Embrassez-moi :elles croissent; vous les aurez bientôt comme vous les aviez ; j’envois déjà le sommet qui se dore : dans un moment... C’est assez :volez, volez, mon fils. Oui, dit-il, je vais me hasarder. Il s’envola ;il se reposa auprès de Vénus, et revint d’abord sur son sein. 11 repritl’essor ; il alla se reposer un peu plus loin, et revint encore sur le seinde Vénus. Il l’embrassa, elle lui sourit; il l’embrassa encore, et ba- !dina avec elle ; et enfin il s’éleva dans les airs, d’où il règne sur toute lanature.

L’Amour, pour se venger de Céphise, Ta rendue la plus volage detoutes les belles. 11 la fait brûler chaque jour d’une nouvelle flamme.Ellem’a aimé, elle a aimé Daplmis, et elle aime aujourd’hui Cléon.Cruel Amour, c’est moi que vous punissez! Je veux bien porter lapeine de son crime ; mais n’auriez-vous point d’autres tourments à mefaire souffrir?

ARSACE ET 1SMÉNIE,

HISTOIRE ORIENTALE L

Sur la fin du règne d’Artamène, la Bactriane fut agitée par des dis-cordes civiles. Ce prince mourut accablé d’ennuis, et laissa son trôneà sa fille Isménie. Aspar, premier eunuque du palais, eut la principaledirection des affaires. Tl désirait beaucoup le bien de l’État, et il dési-rait fort peu le pouvoir. Il connaissait les hommes, et jugeait bien desévénements. Son esprit était naturellement conciliateur, et son âmesemblait s’approcher de toutes les autres. La paix , qu’on n’osait plusespérer, fut rétablie. Tel tut le prestige d’Aspar; chacun rentra dansle devoir, et ignora presque qu’il en fût sorti. Sans effort et sans bruit,il savait faire les grandes choses.

1 Ce petit roman parut pour la première fois en 1783, dans les Œu-vres posthumes de l’auleur. Montesquieu craignait qu’il ne fut tropéloigné de nos mœurs pour Être bien reçu en France. Voyez sa lettre àl’abhé de Guasco, en date du 15 décembre 1754.