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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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ARSACE ET ISMÉNIE.

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La paix fut troublée par le roi d’Hircanie. Il envoya des ambassa-deurs pour demander Isménie en mariage; et, sur ses refus, il entradans la Bactriane. Cette entrée fut singulière. Tantôt il paraissaitarmé de toutes pièces, et prêt à combattre ses ennemis; tantôt on levoyait vêtu comme un amant que l’amour conduit auprès de sa maî-tresse. 11 menait avec lui tout ce qui était propre à un appareil de no-ces; des danseurs, des joueurs d’instruments, des farceurs, des cuisi-niers, des eunuques, des femmes; et il menait avec lui une formida-ble armée. 11 écrivait à la reine les lettres du monde les plus tendres,et d’un autre côté il ravageait tout le pays : un jour était employé à desfestins, un autre à des expéditions militaires. Jamais on n’a vu une si par-faite image delà guerre etdela paix, et jamais il n’y eut tant de disso-lution et tant dediscipline. Un village fuyait la cruauté du vainqueur,un autre était dans la joie, les danses et les festins; et, par un étrangecaprice, il cherchait deuxchosesincompatibles,de se faire craindre, etde se faire aimer :il ne fut ni craint, ni aimé. On opposa une armée àla sienne, et une seule bataille finit la guerre. Un soldat nouvellementarrivé dans l’armée des Bactriens fit des prodiges de valeur; il perçajusqu’au lieu où combattait vaillamment le roi d’Hircanie, et le fitprisonnier. Il remit ce prince à un officier; et, sans dire son nom,il allait rentrer dans la foule : mais, suivi par les acclamations, il futmené comme en triomphe à la tente du général. Il parut devant luiavec une noble assurance, il parla modestement de son action. Legénéral lui offrit des récompenses ; il s’y montra insensible : il voulutle combler d’honneurs; il y parut accoutumé.

Aspar jugea qu’un tel homme n’était pas d’une naissance ordinaire.Il le fit venir à la cour; et quand il le vit, il se confirma encore plusdans cette pensée. Sa présence lui donna de l’admiration ; la tristessemême qui paraissait sur son visage lui inspira du respect : il loua savaleur, et lui dit les choses les plus flatteuses. « Seigneur, lui dit l’é-tranger, excusez un malheureux que l’horreur de sa situation rendpresque incapable de sentir vos bontés, et encore plus d’y répondre. »Ses yeux se remplirent de larmes, et l’eunuque en fut attendri.

« Soyez mon ami, lui dit-il, puisque vous êtes malheureux. Il y aun moment que je vous admirais, à présent je vous aime ; je vou-drais vous consoler, et que vous fissiez usage de ma raison et de lavôtre. Venez prendre un appartement dans mon palais ; celui quil’habite aime la vertu, et vous n’y serez point étranger. »

Le lendemain fut un jour de fête pour tous les Bactriens. La reine

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