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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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ARSACE ET ISMÉNIE.

joux, semblaient se présenter à moi. C’étaient des hasards, me di-rez-vous. Mais des hasards si réitérés, et perpétuellement les mômes ;ne pouvaient guère être des hasards. Ardasire crut d’abord que jevoulais la surprendre, et que j’avais porté des richesses qu’elle neconnaissait pas. Je crus à mon tour qu’elle en avait qui m’étaient in-connues. Mais nous vîmes bien l’im et l’autre que nous étions dansTerreur. Je trouvai plusieurs fois dans ma chambre des rouleaux oùil y avait plusieurs centaines de dariques ; Ardasire trouvait dans lasienne des boîtes pleines de pierreries. Un jour que je me promenaisdans mon jardin, un petit coffre plein de pièces d’or parut à mesyeux, et j’en aperçus un autre dans le creux d’un chône, sous lequelj’allais ordinairement me reposer. Je passe le reste. J’étais sûr qu’iln’y avait pas dans la Médie un seul homme qui eût quelque counais-sanee du lieu où je m'étais retiré ; et d’ailleurs je savais que je n’a-vais aucun secours à attendre de ce côté-là. Je me creusais la têtepour pénétrer d’où me venaient ces secours; toutes les conjecturesque je faisais se détruisaient les unes les autres. »

« On fait, dit Aspar, en interrompant Arsace, des contes merveil-leux de certains génies puissants qui s’attachent aux hommes, etleur font de grands biens. Rien de ce que j’ai ouï dire ià-dessus n’afait impression sur mon esprit; mais ce que j’entends m’étonne da-vantage : vous dites ce que vous avez éprouvé, et non pas ce que« vous avez ouï dire. »

« Soit que ces secours, reprit Arsace, fussent immains ou surna-turels, il est certain qu’ils ne me manquèrent jamais, et que, de lamême manière qu’une infinité de gens trouvent partout la misère,je trouvai partout tes richesses; et, ce qui vous surprendra, ellesvenaient toujours à point nommé : je n’ai jamais vu mon trésor prèsde finir qu’un nouveau n’ait d’abord reparu, tant l’intelligence quiveillait sur nous était attentive. Il y a plus ; ce n’étaient pas seulementnos besoins qui étaient prévenus, mais souvent nos fantaisies. Jen’aime guère, ajouta-t-il, à dire des choses merveilleuses : je vousdis ce que je suis forcé de croire, et non pas ce qu’il faut que vouscroyiez.

« La veille du mariage de la favorite, un jeune homme, beaucomme l’Amour, vint me porter un panier de très-beau fruit. Je luidonnai quelques pièces d’argent ; il les prit, laissa le panier, et neparut plus. Je portai le panier à Ardasire; je le trouvai plus pesantque je ne pensais. Nous mangeâmes le fruit, et nous trouvâmes que