ARSACE ET 1SMÉNIE.
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le fond était plein de dariques. « C’est le génie, dit-on dans tonte late maison, qui a apporté un trésor ici pour les dépenses des noces. »
« Je suis convaincue, disait Ardasire, que c’est un génie qui fait« ces prodiges en notre faveur. Aux intelligences supérieures à nous,« rien ne doit être plus agréable que l’amour : l’amour seul a une« perfection qui peut nous élever jusqu’à elles. Arsace, c’est un gé-« nie qui connaît mon cœur, et qui voit à quel point je vous aime.« Je voudrais le voir, et qu’il pût me dire à quel point vous m’ai-« mez. »
« Je reprends ma narration.
« La passion d’Ardasire et la mienne prirent des impressions de no-tre différente éducation et de nos différents caractères. Ardasire nerespirait que pour aimer ; sa passion était sa vie ; toute son âme étaitde l’amour. Il n’était pas en elle de m’aimer moins ; elle ne pouvaitnon plus m’aimer davantage. Moi, je parus aimer avec plus d’empor-tement , parce qu’il semblait que je n’aimais pas toujours de même.Ardasire seule était capable de m’occuper ; mais il y eut des chosesqui purent me distraire. Je suivais les cerfs dans les forêts, et j’allaiscombattre les bêtes féroces.
« Bientôt je m’imaginai que je menais une vie trop obscure. Je metrouve, disais-je, dans les États du roi de Margiane : pourquoi n’i-rais-je point à la cour? La gloire de mon père venait s’offrir à monesprit. C'est un poids bien pesant qu’un grand nom à soutenir, quandles vertus des hommes ordinaires sont moins le terme où il faut s’ar-rêter que celui dont on doit partir! 11 semble que les engagementsque les autres prennent pour nous soient plus forts que ceux quenous prenons nous-mêmes. Quand j’étais en Médie, disais-je, il fal-lait que je m’abaissasse, et que je cachasse avec plus de soin mes ver-tus que mes vices. Si je n’étais pas esclave de la cour, je l’étais desa jalousie. Mais à présent que je me vois maître de moi, que je suisindépendant, parce que je suis sans patrie, libre au milieu des forêtscomme les lions, je commencerai à avoir une âme commune si jel'este un homme commun.
« Je m’accoutumai peu à peu à ces idées. Il est attaché à la naturequ’à mesure que nous sommes heureux nous voulons l’être davan-tage. Dans la félicité même il y a des impatiences. C’est que, commenotre esprit est une suite d’idées, notre cœur est une suite de désirs.Quand nous sentons que notre bonheur ne peut plus s’augmenter,nous voulons lui donner une modification nouvelle. Quelquefois mon