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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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ARSACE EX ISMÉNIE. 549

« elle me paraît terrible depuis que je vous vois. Je sens que je« voudrais revivre pour vous, et que mon âme me quitte malgré« elle. Conservez mon souvenir; et, si j’apprends qu’il vous est cher,« comptez que je ne serai point tourmentée chez les ombres. J’ai« du moins cette consolation, mon cher Arsace, de mourir dans« vos bras. »

« Elle expira. Il me serait impossible de dire comment je n’expi-rai pas aussi. On m’arracha d’Ardasire, et je crus qu’on me sépa-rait de moi-même. Je fixai mes yeux sur elle, et je restai immobile;j’étais devenu stupide. On m’ôta ce terrible spectacle, et je sentismon âme reprendre toute sa sensibilité. On m’entraîna -.je tournaisles yeux vers ce fatal objet de ma douleur ; j’aurais donné mille viespour le voir encore un moment. J’entrai en fureur, je pris mon épée ;j’allais me percer le sein ; on m’arrêta. Je sortis de ce palais funeste,et je n’y rentrai plus. Mon esprit s’aliéna; je courais dans les bois, jeremplissais l'air de mes cris; quand je devenais plus tranquille, toutesles forces de mon âme la fixaient à ma douleur. Il me sembla qu’ilne me restait plus rien dans le monde que ma tristesse et le nomd’Ardasire. Ce nom, je le prononçais d’une voix terrible, et je ren-trais dans le silence. Je résolus de m’ôter la vie, et tout à coupj’entrai en fureur. « Tu veux mourir, me dis-je à moi-même, et« Ardasire n’est pas vengée ! Tu veux mourir, et le fils du tyran est« en Hircanie, qui se baigne dans les délices ! II vit, et tu veux« mourir ! »

« Jemesuis misen chemin pour l’aller chercher. J’ai appris qu’il vousavait déclaré la guerre; j’ai volé à vous. Je suis arrivé trois joursavant la bataille, et j’ai fait l’action que vous connaissez. J’auraispercé le fils du tyran ; j’ai mieux aimé le faire prisonnier. Je veuxqu’il traîne dans la honte et dans les fers une vie aussi malheureuseque la mienne. J’espère que quelque jour il apprendra que j’auraifait mourir le dernier des siens. J’avoue pourtant que, depuis queje suis vengé, je ne me trouve pas plus heureux; et je sens bienque l’espoir de la vengeance flatte plus que la vengeance même. Marage que j’ai satisfaite, l’action que vous avez vue, les acclamationsdu peuple, seigneur, votre amitié même, ne me rendent point ceque j’ai perdu. »

La surprise d’Aspar avait commencé presque avec le récit qu’ilavait entendu. Sitôt qu’il avait ouï le nom d’Arsace, il avait reconnu