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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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ARSACE ET ISMENIE.

le mari de la reine. Des raisons d’État l’avaient obligé d’envoyerchez les Mèdes Isménie, la plus jeune des filles du dernier roi, etil l’avait fait élever en secret sous le nom d’Ardasire. Il l’avait ma-riée à Arsace; il avait toujours eu des gens affidés dans le sérail d’Ar-sace; il était le génie qui, par ces mêmes gens, avait répandu tantde richesses dans la maison d’Arsace, et qui, par des voies très-simples, avait fait imaginer tant de prodiges.

Il avait eu de très-grandes raisons pour cacher à Arsace la nais-sance d’Ardasire. Arsace, qui avait beaucoup de courage, aurait pufaire valoir les droits de sa femme sur la Bactriane, et la troubler.

Mais ces raisons ne subsistaient plus ; et quand il entendit le récitd’Arsace, il eut mille fois envie de l’interrompre ; mais il crut qu’iln’était pas encore temps de lui apprendre son sort. Un ministre ac-coutumé à arrêter ses mouvements revenait toujours à la prudence ;il pensait à préparer un grand événement, et non pas à le hâter.

Deux jours après, le bruit se répandit que l’eunuque avait mis surle trône une fausse Isménie. On passades murmures à la sédition. Lepeuple furieux entoura le palais ; il demanda à haute voix la têted’Aspar. L’eunuque fit ouvrir une des portes, et, monté sur un élé-phant, il s’avança dans la foule. «Bactriens, dit-il, écoutez-moi. »Et comme on murmurait encore; « Écoutez-moi, vous dis-je. Sivous pouvez me faire mourir à présent, vous pourrez dans un mo-ment me faire mourir tout de même. Voici un papier écrit et scellé dela main du feu roi ; prosternez-vous, adorez-le ; je vais le lire.

Ille lut :

« Le ciel m’a donné deux filles qui se ressemblent au point quetous les yeux peuvent s’y tromper. Je crains que cela ne donne oc-casion àde plus grands troubles etàdes guerres plus funestes. Vousdonc, Aspar, lumière de l'empire , prenez la plus jeune des deux ;envoyez-la secrètement dans la Médie, et faites-en prendre soin.Qu’elle y reste sous un nom supposé, tandis que le bien de l’État ledemandera. »

Il porta cet écrit au-dessus de sa tête, et il s’inclina. Puis reprenantla parole :

« Isménie est morte, n’en doutez pas; mais sa soeur la jeune Is-ménie est sur le trône. Voudriez-vous vous plaindre de ce que, voyantla mort de la reine approcher, j’ai fait venir sa sœur du fond dei’A-sie ? Me reprocheriez-vous d’avoir été assez heureux pour vous la.