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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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ARSACE ET ISMÉNIE.'

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rendre , et la placer sur un trône qui, depuis la mort de la reine sasœur, lui appartient ? Si j’ai tu la mort de la reine, l’état des affairesne l’a-t-il pas demandé? me blâmez-vous d’avoir fait une action defidélité avec prudence? Posez donc les armes. Jusqu’ici vous n’êtespoint coupables ; dès ce moment vous le seriez. »

Aspar expliqua ensuite comment il avait confié la jeune Isménieà deux vieux eunuques ; comment on l’avait transportée en Médiesous un nom supposé ; comment il l’avait mariée à un grand seigneurdu pays; comment il l’avait fait suivre dans tous les lieux où la for-tune l’avait conduite; comment la maladie de la reine l’avait déter-miné à la faire enlever pour être gardée en secret dans le sérail;comment, après la mort de la reine, il l’avait placée sur le trône.

Comme les flots de la mer agitée s’apaisent par les zéphyrs, lepeuple se calma par les paroles d’Aspar. On n’entendit plus que desacclamations de joie ; tous les temples retentirent du nom de la jeuneIsménie.

Aspar inspira à Isménie de voir l’étranger qui avait rendu un sigrand servibe à la Bactriane ; il lui inspira de lui donner une audienceéclatante. Il fut résolu que les grands et les peuples seraient assem-blés ; que là il serait déclaré général des armées de l’État, et que lareine lui ceindrait l’épée. Les principaux de la nation étaient rangésautour d’une grande salle, et une foule de peuple en occupait le mi-lieu et l’entrée. La reine était sur son trône, vêtue d’un habit superbe.Elle avait la tête couverte de pierreries ; elle avait, selon l’usage deces solennités, levé son voile, et l’on voyait le visage de la beautémême. Arsace parut, et le peuple commença ses acclamations. Ar-sace, les yeux baissés par respect, resta un moment dans le silence ;et adressant la parole à la reine : *

* Madame, lui dit-il d’une voix basse et entrecoupée, si quelquechose pouvait rendre à mon âme quelque tranquillité, et me consolerde mes malheurs... »

La reine ne le laissa pas achever ; elle crut d’abord reconnaître levisage, elle reconnut encorelavoix d’Arsace. Toute hors d’elle-même,et ne se connaissant plus, elle se précipita de son trône, et se jeta auxgenoux d’Arsace.

« Mes malheurs ont été plus grands que les tiens, dit-elle, mon cherArsace. Hélas ! je croyais ne te revoir jamais, depuis le fatal momentqui nous a séparés. Mes douleurs ont été mortelles. »

Et comme si elle avait passé tout à coup d’une manière d’aimer à