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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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ARSACE ET 1SMÉN1E,

pour les défauts et pour les vices de se cacher toujours ; que la plu-part des hommes ont une enveloppe , mais qu’elle tient et serre sipeu, qu’il est très-difficile que quelque côté ne vienne à se décou-vrir.

Arsace ne parlait jamais des affaires qu’il pouvait avoir avec lesétrangers ; mais il aimait à s’entretenir de celles de l’intérieur de sonroyaume, parce que c’était le seul moyen de le bien connaître ; etlà-dessus il disait qu’un bon prince devait être secret, mais qu’ilpouvait quelquefois l’ètre trop.

11 disait qu’il sentait en lui-même qu’il était un bon roi; qu’ilétait doux, affable, humain; qu’il aimait la gloire, qu’il aimait sessujets ; que cependant si, avec ces belles qualités, il ne s’était gravédans l’esprit les grands principes de gouvernement, il serait arrivéla chose du monde la plus triste, que ses sujets auraient eu un bonroi, et qu’ils auraient peu joui de ce bonheur ; et que ce beau pré-sent de la Providence aurait été en quelque sorte inutile poureux.

« Celui qui croit trouver le bonheur sur le trône se trompe, di-sait Arsace : on n’y a que le bonheur qu’on y a porté, et souventmême on y risque ce bonheur que l’on a porté. Si donc les dieux,ajoutait-il, n’ont pas fait le commandement pour le bouheurde eeuxqui commandent, il faut qu’ils l’aient fait pour le bonheur de ceuxqui obéissent. »

Arsace savait donner, parce qu’il savait refuser.

« Souvent, disait-il, quatre villages ne suffisent pas pour faire undon à un grand seigneur prêt à devenir misérable, ou à un misérableprêt à devenir grand seigneur. Jepuis bien enrichirlapauvreté d’état;mais il m’est impossible d’enrichir lapauvreté de luxe. »

Arsace était plus curieux d’entrer daus les chaumières que dans lespalais de ses grands.

« C’est là que je trouve mes vrais conseillers. Là je me ressouviensde ce que mon palais me fait oublier. Ils médisent leurs besoins. Cesont les petits malheurs de chacun qui composent le malheur général.

Je m’instruis de tous ces malheurs, qui tous ensemble pourraientformer lemien.

« C’estdans ces chaumières que je vois ces objets tristes qui fonttoujous les délices de ceux qui peuvent les faire changer, et qui mefont connaître que je puis devenir un plus grand prince que je ne le