ARSACE ET ISMÉNIE.
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suis. J’y vois la joie succéder aux larmes ; au lieu que dans mon palaisje ne puis guère voir que les larmes succédera la joie. »
On lui dit un jour que, dans quelques réjouissances publiques,des farceurs avaient chanté ses louanges.
« Savez-vous bien, dit-il, pourquoi je permets à ces gens-là deme louer? C’est afin de me faire mépriser la flatterie, et de la rendrevile à tous les gens de bien. J’ai un si grand pouvoir, qu’il sera tou-jours naturel de chercher à me plaire. J’espère bien que les dieuxne permettront point que la flatterie me plaise jamais. Pour vous,mes amis, dites-moi la vérité; c’est la seule chose du monde que jedésire, parce que c’est la seule chose du monde qui puisse memanquer. »
Ce qui avait troublé la fin du règne d’Artamène, c’est que dans sajeunesse il avait conquis quelques petits peuples voisins, situés entrela Médie et la Bactriane. Ils étaient ses alliés ; il voulut les avoirpour sujets, il les eut pour ennemis ; et, comme ils habitaient lesmontagnes, ils ne furent jamais bien assujettis; au contiaire, lesMèdes se servaient d’eux pour troubler le royaume : de sorte que leconquérant avait beaucoup affaibli le monarque, et que, lorsqu’Ar-sace monta sur le trône, ces peuples étaient encore peu affectionnés.Bientôt les Mèdes les firent révolter. Arsace vola, et les soumit. 11fit assembler la nation, et parla ainsi :
« Je sais que vous souffrez impatiemment la domination des Bac-triens : je n’en suis point surpris. Vous aimez vos anciens rois, quivous ont comblés de bienfaits. C’est à moi à faire en sorte, par mamodération et par ma justice, que vous me regardiez comme levrai successeur de ceux que vous avez tant aimés. »
Il fit venir les deux chefs les plus dangereux de la révolte, et ditau peuple :
« Je les fais mener devant vous pour que vous les jugiez vous-mêmes. »
Chacun, en les condamnant, chercha à se justifier.
« Connaissez, leur dit-il, le bonheur que vous avez de vivre sousun roi qui n’a point de passion lorsqu’il punit, et qui n’en met quequand il récompense ; qui croit que la gloire de vaincre n’est quel’effet du sort, et qu’il ne tient qué de lui-même celle de pardonner.
«Vous vivrez heureux sous mon empire, et vous garderez vos