MONUMENTS DU IX 1 SIÈCLE.
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PLANCHE 6.
FIGURE DE L’EMPEREUR CHARLES II,
Feinte au frontispice d’üne bible conservée
AU MONASTÈRE DE SAINT-CALIXTE, A ROME .
Cette figure décore le frontispice d’une magni-fique Bible provenant des archives du monastère desBénédictins de Saint-Paul, hors les murs, à Rome , etconservée aujourd’hui dans le monastère de Saint-Calixte, qui appartient aux mêmes religieux.
Ce magnifique manuscrit, le plus splendide, sanscontredit, que nous ait légué cette epoque reculee, etqui n’a de rival que la grande Bible de Charles-le-Chauve, conservée à la Bibliothèque Royale à Paris ,contient vingt-huit peintures de la plus grande di-mension , et en outre d’innombrables ornementsencadrant les pages et dessinant les principales majus-cules , qui sont d’une grandeur et d’une richesse sansexemple.
Aucune tradition, aucun souvenir transmis par desauteurs contemporains ou postérieurs, n’ont encoreappris a quelle epoque et à quelle occasion ce précieuxvolume est devenu la possession du couvent de Saint-Paul. Et, comme les vers qui servent de souscrip-tion à ses principales peintures n’offrent que des sensambigus et susceptibles de diverses interprétations,il s’ensuit que l’on n’est point encore d’accord surla véritable attribution de ce manuscrit, et qu’onferait un fort volume, rien qu’en réunissant les dis-cussions des critiques à ce sujet.
Alemanni ( Lateranenses parietini, 1625) et les Béné-dictins , auteurs du Nouveau traité de Diplomatique,veulent que la figure principale, reproduite sur notrePlanche, représente Charlemagne , tandis que Ma-billon, dont l’opinion a entraîné le plus grand nombre,s’est efforcé de prouver que c’était Charles-le-Chauve .Cet auteur fonde principalement son avis sur ce quele visage lui paraît ressembler aux portraits déjàconnus de ce prince, et sur ce que le caractère del’écriture lui paraît trop récent pour être de l’époquede Charlemagne . Une raison non moins convaincantesert à le persuader d’ailleurs, c’est que l’on voitordinairement Charles-le-Chauve représenté au fron-tispice des bibles et des livres de prières qui lui ontété dédiés, ainsi que le prouvent les deux biblesde la Bibliothèque du Roi, tandis qu’on ne connaîtaucun de ces derniers avec la figure de Charlemagne •ce qui ferait conjecturer que cette coutume n’étaitpoint encore introduite au temps de ce monarque
C’est surtout à deviner l’espèce d’énigme ren-fermée dans le monogramme supporté sur les genouxdu prince que se sont appliqués tous ceux qui ontdisserté sur l’attribution de cette figure. Mabillon(Musceum italicum; p- 69) y lut Carolus rex qu’ilappliqua à Charles-le-Chauve ; et, quant aux autrescaractères, il convint franchement qu’il n ’j compre-nait rien: De aliis, nihil solidi nobis occurrit Lessavants auteurs du Nouveau traité de Dipl omai {q ue(t. III. p. 1 23 ), plus sagaces ou plus hardis, ont lu sur leI.
globe les lettres suivantes : C.R.S.N.M.X.R.H.I.L.E.^qu’ils interprètent par ces mots: Carolus nostrimundi (ou noster magnus ) Xristianus rex ; Hilde-garde, et qu’ils appliquent conséquemment à Charle-magne . Cette interprétation les conduit à reconnaîtredans les deux figures d’écuyers qui accompagnent lemonarque sur la peinture originale lès deux filsde Charlemagne, Louis et Carloman , qui accompa-gnèrent leur père à Rome , en 781.
L’auteur anonyme d’une Dissertation insérée dansles Mémoires de littérature et d’histoire du P. Desmo-lets (Part. 1. p. 472 ), a fourni de ce monogrammeune autre version qu’il applique à Charles-le-Chauve .Voici sa lecture et son interprétation : C.R.N.L.II.L.P.X.R.S.M., qui signifient selon lui : Carolum regernnostrum, Ludovicum, Hlotarium, fratres, Xristusservet mundo.
Seroux d’Agincourt, qui a consacré six planches deson magnifique ouvrage ( Histoire de l’art par les mo-numents ; Peinture, pl. 4 ° à 45 ) à reproduire, à la véritédans des proportions beaucoup trop réduites, toutesles miniatures de ce manuscrit, n’a point hasardé detentatives d’interprétation du monogramme, mais ila fait observer que l’on pourrait conclure de l’inscrip-tion en vers qui se trouve au-dessous de cette mi-niature, dans l’original, que cette Bible avait étéofferte à Charlemagne , déjà maître de plusieursroyaumes, mais non encore décoré de la pourpre im-périale ; si tant est qu’il fallût prendre à la lettre cesecond vers de l’inscription :
Hune Karolum regem terrœ dilexit herilem.
Mais c’en est assez sur le manuscrit lui-même, donttoute description verbale ne pourrait donner qu’uneimparfaite idée, et sur la désignation de la figure prin-cipale, dont le véritable titre, n’ayant pu être rigou-reusement déterminé par des savants de la célébrité deceux que nous venons de citer, restera probablementlong-temps encore un sujet de doute et de discussion.Arrivons à la peinture représentée sur notre Planche.
Le monarque, assis sur un trône de forme etd’ornements très simples, a les pieds appuyés surun degré de marbre, que Montfaucon a représentécomme s’il était regulierement partagé en carreauxnoirs et blancs. Il porte une couronne d’or, ferméed’un demi-cercle surbaissé que surmonte un fleuronenrichi de pierreries, ainsi que toute la couronne ;sa chevelure, très courte, à la romaine, ne rappelleguères la coiffure d’un roi franc; c’était pour cetteépoque une nouveauté, aussi bien que les deux petitesmoustaches effilées à la chinoise, dont la mode suc-cédait à celle de la barbe. La tunique bleue, diapréede larges rosaces d’or, descendrait probablement jus-qu’aux chevilles, si le monarque était debout. Lachlamyde, très ample, et de couleur pourpre toutunie, sans autre ornement qu’une bordure seméede pierreries, est agrafée sur l’épaule droite, à l’aided’un noeud ou fermait dont la position a jeté laplupart des savants qui ont décrit cette figure dans unesingulière erreur. Us ont cru voir dans cet ornementun sceptre, dont la bordure du vêtement leur parut
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