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MONUMENTS DU IX e SIÈCLE.
être la verge. Mabillon, entre autres, exprime posi-tivement que le prince appuie de sa main droite sonsceptre sur sa poitrine: Dextrâ protensâ, sceptrumpectori apprimens. Quant aux jambes, elles sont cou-vertes de longues chausses assujetties à l’aide de cesbandelettes aux entre-croisements multipliés qu’on ap-pelait fasciolœ, et que le moine de Saint-Gall désignepar l’expression de longissimœ corrigice in crucismodum. La chaussure est entièrement dorée.
Tel est l’ensemble de ce costume, auquel nouspensons que lès savants qui s’en sont occupés ontgénéralement accordé une trop grande valeur, soitcomme monument historique, soit comme por-trait du prince qu’il prétend représenter. D’abord,pour être convaincu que ces sortes de peinturesne sauraient être des portraits, il suffit de compa-rer celle que nous venons de décrire à celle queprésente la Planche suivante. Est-il possible de sup-poser que ces deux portraits aient jamais pu s’appliquerà un seul et même prince? Si l’on s’arrête au costume,la divergence n’est pas moins grande; ainsi, parexemple, que l’on compare la couronne portée par leCharles-le-Chauve de la Planche qui nous occupe àcelle que porte le Charles-le-Chauve de la Planche sui-vante, et enfin à celle du même prince au frontispicede la grande Bible dite de Saint-Martin de Tours,à la Bibliothèque du Roi, et l’on ne saura commentconcilier des formes aussi disparates. Ainsi, le premierde ces princes porte la couronne fermee; le secondune couronne ouverte, à trois fleurons droits et pro-longés , qui la font ressembler à un trépied renversé;et enfin la couronne du troisième, composée de deuxbranches contournées qui s’élèvent au-dessus de latête, avec deux prolongements qui descendent le longdes oreilles, est si bizarre que l’on ne sait à quoi lacomparer. Est-il probable que le même prince aitporté des couronnes de formes aussi différentes ? Quantaux vêtements, nous pensons que, tout en admettantqu’ils reproduisent assez fidèlement ceux de l’époqueoù vivait le peintre, il est cependant difficile d’enrien conclure de positif relativement à celui que por-tait habituellement le prince représenté, personnageque le calligraphe, travaillant au fond d’un cloître,n’avait le plus souvent jamais vu, et qu’il habillait à saguise, d’après les vagues données qu’il pouvait re-cueillir.
Le vers inscrit au-dessous de notre figure :
Ingobertus eram referais et scriba fidelis,
est extrait du prologue du manuscrit; et, en mêmetemps qu’il présente le spécimen du caractère majus-cule de cette Bible, il nous apprend le nom du calli-graphe, Ingobertus, sur lequel d’ailleurs aucun autrerenseignement n’est parvenu jusqu’à nous.
Cette peinture a soulevé tant de discussions quenous croyons qu’il n’est pas inutile de citer les prin-cipaux auteurs qui s’en sont occupés. On pourra doncconsulter à ce sujet: Baluze , Capitularia,- — Mabil-lon , De re diplomaticâ ; — lier germanicum ; — Mu-sœum ilalicum, p. I, p. 68; —Montfaucon, Mon. dela monarchie franc., I, 3 o 4 ; — Alemanni , De Latera-nensibusparietinis; — Margarini,/Awmj^. ant. Basil .S. Pauli; — Nouveau traité de Diplomatique, III,123 ; — Eckard, Francia orientalis, II; __ lit-ter. de la France , II; —Bianchini, Dissertât, in aur .ac pervetust. S. Evang. cod. Ms. IMon. S. Emme—rani; — Seroux d’Agincourt, Hist. de l’art. Pein-ture; — etc.
PLANCHE 7.
TIRÉE, AINSI QUE LES ORNEMENTS, DES HEURES
MANUSCRITES DE CET EMPEREUR.
Cette figure, que M. Willemin a eu le tort de faireréduire de moitié, est extraite du frontispice d’un Livrede prières qui fut à l’usage de Charles-le-Chauve . Cevolume appartenait anciennement au chapitre de Saint-Étienne de la ville de Metz , qui en fit présent en 1674au ministre Colbert , de la Bibliothèque duquel il passadans celle du Roi, où on le conserve aujourd’hui. Ba-luze a supposé que Charles-le-Chauve avait pu donnerce précieux manuscrit à l’église de Saint-Etienne deMetz, à l’époque où, étant à Douzy, non loin de Metz ,il reçut la nouvelle de la mort de la reine Hirmin-trude, qui venait de mourir à Saint-Denis, le premierjour des nones d’octobre de l’an 86 g. Ce savant a fondésa supposition sur ce que ce livre de prières pouvaitparaître désormais inutile à Charles-le-Chauve , puis-qu’on lit dans les litanies cette prière pour la conser-vation de la vie de la reine Hirmintrude, qui devenaitdès lors sans application : Ut Hirmintrudim conjugemnostram conservare digneris , te rogamus , audi nos.Au reste, ce qui résulte le plus évidemment de ce pas-sage, c’est que le volume a été exécuté du vivant dela reine Hirmintrude, et conséquemment avant l’an-née 86 g. Une particularité assez curieuse qui signaleces mêmes litanies, c’est que le Roi y adresse à Dieu une prière analogue pour lui-même : Ut mihi Karoloà te Régi coronato , vitam et prosperitatem atque victo-riam dones , te rogo, audi me. Enfin, apres ces lita-nies, on trouve le nom du calligraphe qui a transcritle volume :
Hic calamus facto Luitardi fine quievit.
Le monarque, ainsi que le représente notre Planche,est assis sur une espèce de trône fort large , à dossiercarré, décoré de pierreries dans tout son pourtour. Ilporte une couronne formée d’un cercle étroit, d’oùs’élèvent trois hauts fleurons ; son sceptre, dans lequelMontfaucon a cru voir une épée, à cause d’une cer-taine ressemblance entre les ornements qui le termi-nent et les épées qu’on voit entre les mains d’écuyersdans quelques autres peintures représentant le mêmemonarque et l’empereur Lothaire, porte à son sommetun fleuron dans lequel 011 peut, sans trop de préven-tion, reconnaître l’origine de la fleur de lis. Sa maingauche soutient un objet que tous les descripteurs ontconsidéré comme un casque, et que nous croyons fer-mement être un globe, traversé de ses cercles et sur-monté d’une croix, ainsi qu’on le met aux mains desempereurs. Quant au vêtement, il est à peu près iden-tique de forme avec celui que nous avons décrit pré-cédemment , si ce n’est que la chlamyde enveloppe lesjambes jusqu’aux pieds, et cache par conséquent lebas de la tjunique. Cette tunique est de couleur pourpre,semée de fleurons d’or ; la chlamyde est entièrementd’or. Les bottines, de couleur de pourpre, sont riche-ment brodées d’or, et semblent lacées sur le coude-pied.
L’ornement courant qui décore le haut delà Planche,ainsi que la belle lettre reproduite au bas, sont emprun-tés à ce même manuscrit, dont la magnificence avaittellement frappé Baluze qu’il inséra dans sa descrip-tion qu’il semblait que saint Jérôme l’avait en vuelorsqu’il écrivait à Eustochium : « Le vélin se teint