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Tome I.
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MONUMENTS DU XIII e SIECLE.

dont ils se servent pour accompagner le son de laharpe sont le violon ou le rebec, la cornemuse, le tam-bourin, que l’on appelait tabour, et une espèce detrompe qu’il est bien difficile de caractériser, tant ontrouve dans les vieux poètes de noms, tels que ceuxde buccine, claronceau, graille, gresle, fleuste, cha-lemie, etc., qui pourraient indifféremment s appliquerà un instrument de ce genre.

Les deux rosaces placées au bas de la Planche, etque l’on pourrait croire empruntées a un vitrail, tantce genre d’ornement fut commun dans la vitrerie semicolore des xiv e etxv e siècles, sont cependant extraitesd’un manuscrit.

PLANCHE 406.

FIGURES D’ANGES TENANT DES INSTRUMENTSDE MUSIQUE , D’APRÈS UN TRAVAIL DU XIIL SIÈCLE,DE L’ABBAYE DE BONPORT.

L’abbaye de Bonport, de l’ordre de Cîteaux, situéeprès de la Seine , non loin du Pont-de- 1 ’ Arche et à quel-ques lieues de Rouen, fut fondée en 1190 par RichardCœur-de-Lion , pour accomplir un vœu qu’il avait fait,en cet endroit même, en échappant à un grand danger.Ses bâtiments claustraux, qui étaient considérables,subsistaient encore en grande partie au commence-ment de ce siècle, et son église renfermait quelquesmonuments curieux, quelques vitraux remarquables.Les petites figures d’anges représentées sur notrePlanche peuvent donner une idée de J l’élégance dustyle suivant lequel ces peintures étaient exécutées.Toutefois, le dessin étudié des draperies, et surtout lesystème de peinture, qui consiste, comme on le voit,en grisailles bistrées et rehaussées de jaune, nous fontconjecturer que ces gracieuses compositions ne sontguère que du xiv e siècle.

Les instruments que tiennent les anges sont facilesà reconnaître et à dénommer. Le premier tient lepetit jeu d’orgues à main ou portatif, instrument dontl’usage paraît avoir été fort commun au moyen âge,puisqu’on en trouve la représentation sur une foule demonuments, surtout à partir du xm e siècle. La con-naissance de l’orgue remontait, dit-on, en France , auroi Pépin , auquel l’empereur Constantin-Copronymeenvoya le premier qu’on eût vu jusqu’alors, en 767.Charlemagne en reçut un second de l’empereur Mi-chel, et Louis-le-Débonnaire en fit construire un parun prêtre nommé Georges, dans la basilique d’Aix-la-Chapelle . Le roman de Brut, composé au XII e siècle,fait mention de l’orgue, dans ces vers :

Moult oissiez orgues sonner,

Et clercs chanter et orguener.

Et le roman de la Rose désigne clairement les orguesportatives dans ce passage (vers aig 55 ) :

Orgues avoit bien maniables ,

A une main portables ,

Où il mesme souffle et tousche ,

Et chante à haulte et pleine bouche ,

Mottez à contre et à tenure.

Le second ange joue d’un violon dont l’archet(arçon) est remarquable par ses dimensions.

L’instrument que tient le troisième doit être le leuth(luth) ou la guiterne, dont les poètes font si souventmention :

Rothes , guiterne, fleustes, chalemie.

(Eustache Desciiamps.)

Le quatrième tient une harpe, remarquable par legrand nombre de ses cordes, dont la position, commenous l’avons fait remarquer dans l’article précédent,doit être inexacte, puisque, faute de s’attacher au corpssonore de l’instrument, elles n’auraient pu rendrequ’un son insignifiant. Dès le xiv° siècle, il y avait desharpes à vingt-cinq cordes : dans une pièce, intituléele Dit de la Harpe, le poète, comparant sa maîtresseà la harpe, s’exprime ainsi :

Je ne puis trop bien ma dame comparerA la harpe , et son corps gent payer,

De vingt-cinq cordes que la harpe ha ,

Dont roi David par maintes fois harpa.

Enfin le cinquième ange joue du tabour, genre d’in-strument à percussion dont on retrouve fréquemmentl’image sur des miniatures du xU et du xn e siècle,mais toujours à titre d’instrument de symphonie : iln’aurait été en effet introduit en France comme instru-ment militaire, selon M. Amanton , qu’en 1347, ansiège de Calais, par Edouard III ( France littéraire,mars, i 836 , p. i 45 ).

L’ornement colorié du bas de la Planche serait,d’après M. Lenoir (Atlas, p. 35 ), tiré d’un tableaupeint sur bois et à l’eau d’œuf, qui représentait Phi-lippe-le-Bel sur son trône, et qui décorait jadis l’unedes salles du Palais-de-Justice, à Paris .

V

PLANCHE 407.

CROSSE ET BOITE EN ÉMAIL, OUVRAGEDU COMMENCEMENT DU XI IL SIÈCLE. — MAHAUT,COMTESSE DE BOULOGNE , JEANNE DE BOULOGNE,SA FILLE.

Le genre de décoration dont on rehaussa le plusvolontiers l’élégance des crosses pendant le xm e sièclefut l’émail. On rencontre souvent des crosses de cetteépoque dont la forme, assez analogue à celle de lanôtre, n’a pas reçu d’autre ornement. Mais alors l’é-mail déploie toute sa richesse de teintes, toute sa co-quetterie d’enroulements sur la douille , le pommeauet la volute, quelquefois ornée, comme dans ce cas,d’une espèce d’étoile ou de fleur à longues pointes re-coquillées, qui s’épanouit sur la volute, et paraît enrelier les diverses parties. L’introduction dans cettegracieuse composition d’une demi-figure d’ange cou-ronnée qui sert de base à la volute n’est pas non plustrès rare, quoique, si l’on peut le dire avec franchise,elle ne semble pas dictée par un excellent goût. Engénéral, les éléments de la construction des crosses,peu variés dans leur choix et combinés de diversesmanières, se remontrent assez fréquemment, ce quisemblerait indiquer que celles-oi sortaient des mêmesfabriques, où l’on se plaisait à reproduire, avec peude variantes, des types, sinon consacrés, au moinspréférés.

Les petites boites en métal doré et émaillé, à cou-vercle conique, imitant assez bien la forme d’une tou-relle ecrasee ou d’un colombier, se rencontrent engrand nombre dans les cabinets. Elles paraissent d’é-poques très diverses et assez éloignées les unes desautres, a n en juger que par le [style des ornementset la perfection plus ou moins achevée du travail.Beaucoup d’entre elles ne sont remarquables que parleur extrême barbarie, témoignage bien plus certaind’une fabrication grossière que d’une époque très re-