Band 
Tome I.
Seite
65
JPEG-Download
 

65

MONUMENTS DU XIIP SIECLE.

culée. On suppose généralement que ces petites boîtesservaient à conserver les hosties consacrées, à porterle viatique, enfin à tous les usages réservés aujourd’huiaux vases sacrés appelés ciboires. Cette supposition esttrès plausible : on trouve, en effet, quelques unes deces boîtes, d’une dimension plus forte que les autres,qui sont montées sur un pied élevé, de manière à figu-rer une espèce de hanap couvert qui ressemble déjàa nos ciboires d’aujourd’hui. Toutes ces boîtes parais-sent clairement désignées dans cet article d’un synodede 1240, cité par Du Gange , v° Limogia : Duce pfxidesde opéré Lemovicino , in qua hostice consermniur.

Le graveur a indiqué, par erreur, sur la Planche,deux bandes d’ornements courants, comme s’ils con-stituaient les détails grandis de la petite boîte gravéede l’autre part. Il est évident qu’une seule de ces ban-des appartient à la boîte en question, et que l’autre aété copiée sur quelque monument analogue.

Les deux figures agenouillées sont tirées des fenê-tres supérieures du transept septentrional de la ca-thédrale de Chartres . La première, qui porte un surcotblasonné de France , au lambel de gueules, et dontle nom, Mahaut, est écrit à côté, entre les pendantsd’un autre lambel redressé, est Mahaut, comtesse deBoulogne et de Dammartin . Cette princesse, quiépousa, en 1216, Philippe, comte de Clermont, seremaria, en 1235 , à Alphonse III , roi de Portugal,qui finit par la répudier ; elle mourut vers l’an 1258.

La princesse représentée dans le compartimentvoisin est la fille de la précédente, Jeanne de Boulogne,comtesse de Clermont et d’Aumale , mariée, en 1 24 5 ,a Gaucher de Châtillon , et morte sans enfants en ia 5 i.L’écu de France , brisé d’un lambel de gueules, à cinqpendants, est appendu derrière elle. Elle porte un vê-tement fort simple et les cheveux flottants, costumeparticulier, à cette époque et long-temps encore après,aux jeunes filles avant le mariage ; ce qui sembleraitindiquer que ce portrait aurait été exécuté pendantla jeunesse de Jeanne, ou plutôt qu’on aurait vouluindiquer par ce costume juvénile la distance natu-relle qui devait séparer la mère de la fille.

Ces deux figures ont été publiées par Montfaucon( t. II, PI. 14).

PLANCHE 408.

DÉTAILS D’ARCHITECTURE DU XII e SIÈCLE(LISEZ X e ). — ÉMAIL DU XIII e SIECLEDE LA COLLECTION DE M. MANSARD, A BEAUVAIS .

Cette Planche, composée de monuments assez hé-térogènes, et mal intitulée d’ailleurs, puisque l’archi-tecture n’y est représentée que par un ornement tiréd’un manuscrit, offrait pour sa classification régulièred’assez grandes difficultés, que nous avons esquivéesetl considérant la plaque émaillée comme sujet prin-Cl pal, et le reste comme accessoire secondaire. Il y aeiî effet, entre tous ces objets, quelques incompatibi-lités d’époques : on ne saurait faire remonter l’exécu-tion de la plaque émaillée plus haut que le xm e siècle,et le fragment d’arcade qui entoure cette dernière est

I ^contestablement du x'. Disons donc de suite, pour

II avoir plus à y revenir, que cette composition archi-tecturale, dont le dessinateur a eu le tort très gravede supprimer les bases élégantes et les chapiteaux entete de Gorgone, est extraite d’une très belle Bible e xecutée au x c siècle par les moines de l’abbaye deSaint-Martial de Limoges, et maintenant conservée à

la Bibliothèque Royale. Celte large arcade, réduite icid’un tiers, encadre, avec beaucoup d’autres à sa suite,les colonnes du Canon des Évangiles, d’Eusèbe de Cé-sarée. Tous les rinceaux capricieux qui s’étalent surle cintre et les pieds-droits sont peints des plus vivescouleurs. L’espèce de cul-de-lampe orne de deüx lé-vriers adossés provient du même manuscrit. Quant àl’initiale placée en regard, dont l’exécution ne sauraitêtre plus rapprochée que le XII e siecle, elle est extraited’un manuscrit de la Bibliothèque publique deTroyes.L’original est également rehaussé de couleurs.

On ne sait quel meuble ou quel objet pouvait déco-rer la belle plaque de métal émaillé dont notre Planchene représente qu’un fragment d’à peu près un tiers.N’était la bizarrerie des compositions profanes quila couvrent, on pourrait croire qu’elle a servi à revê-tir un reliquaire, quoique nous ayons appris déjà parplus d Un exemple que la destination sacrée de ces ob-jets n’excluait jamais cette ornementation fantastique.Il paraît au reste que le propriétaire de ce beau mor-ceau l’a utilisé en le divisant en deux pièces et enl’appliquant sur une reliure. Dans le travail de cetteplaque, c’est le métal a nu, rehaussé de pointillés oude traits de gravure, qui constitue alternativement lesfonds et les sujets; l’émail, employé avec réserve, laissedominer ce champ éclatant. Trois couleurs seulement,par leur opposition adroitement contrastée, serventà produire ce magnifique effet, le bleu et le rougepour les fonds des quatre feuilles, le vert pour lesoiseaux et les rinceaux. En étudiant la composition dece remarquable assemblage, on ne peut douter que lesriches étoffes brochées de l’Orient n’aient servi demodèle à l’artiste : l’introduction des perroquets dansce genre d’ornement; la forme et la disposition desfleurons, qui rappellent exactement certains typesbien connus ; enfin, la ressemblance des lions ou desgriffons avec ceux que présente une étoffe orientalegravée sur la Planche 1 13 , ne laissent pas de doute surla réalité de cette imitation.

PLANCHE 409.

PORTIONS DE VITRAUX DU XIIP SIÈCLE,

REPRÉSENTANT UN MARCHAND DE FOURRURES

ET UN MARCHAND DRAPIER. — ORNEMENTS

D’UN BASSIN ÉMAILLÉ.

Faute d’un dessin complet, nous ne pouvons émettreaucune conjecture sur la destination du bassin dontnotre Planche offre un détail du pourtour. L’effet de cemagnifique motif a même été tronqué par le graveur,qui a supprimé la bordure extérieure, large de plusd’un pouce, laquelle était destinée à encadrer ce fondéclatant de couleurs, et à le faire valoir par l’opposi-tion de zones lisses et de bandeaux denticulés. Il paraîtque l’écusson, chargé d’un lion héraldique, est gravéau revers du bassin, dont le fond est rempli, suivantce qu’on nous a rapporté, par un sujet de batailleciselé ou émaillé. C’est là tout ce que nous pouvonsapprendre au lecteur sur ce précieux monument, dontla reproduction complète eût été si digne d intérêt.Nous renvoyons, au reste, à la description des Planchessuivantes pour quelques considérations sur l’usageprésumé de quelques bassins analogues.

Les vitraux de la cathédrale de Chartres, qui nousont déjà fourni quelques magnifiques sujets, ne serecommandent pas seulement à la curiosité de l’anti-quaire par de précieuses suites de tableaux religieux

1 7