MONUMENTS DES XV e
ment qui fait le sujet de cette peinture ont commis, àpropos de nos hérauts d’armes, une singulière erreur :trompés sans doute par des copies non coloriées decette miniature, ou par des gravures au trait, ils ontrépété que ces hérauts étaient non seulement nu-têtemais encore nu-jambes; et ils semblent considérercette particularité comme la conséquence de l’obser-vation de quelque cérémonial funèbre usité en pareillecirconstance (Taylor et Nodier , Voyages pittoresquesen Auvergne ). L’inspection de notre dessin prouve sansréplique que ces officiers sont complètement vêtus,mais qu’ils portent, à la vérité, des chaussures collantesqui dessinent jusqu’aux doigts des pieds.
Les éditeurs de la traduction anglaise de Froissart et de Monstrelet , en publiant, dans la série de gravuresd’après les manuscrits originaux dont ils ont illustréleur magnifique travail, la peinture qui fait l’objet deces observations, ont émis a son égard une varianted’interprétation que nous ne saurions passer sous si-lence. Selon eux, la scene que nous venons de décrirereprésenterait, non pas Charles VII apprenant la nou-velle de la mort de Charles VI, mais bien Louis XI recevant la même nouvelle à l’égard de son père,Charles VII . Ce qui semblerait justifier cette dernièreversion, qu’il sera d’ailleurs facile de confirmer oud’infirmer, en vérifiant, d apres le manuscrit original,a quelle partie du texte cette peinture paraît se rap-porter, c’est que, dans la miniature en question,Charles VII est représenté assez âgé, et avec un carac-tère de maturité qui conviendrait bien mieux àLouis XI, couronné à 38 ans, qu’à Charles VII , roidès l’âge de 19 ans.
PLANCHE 48iï.
SEIGNEURS DE LA COUR DE LOUIS XII .
Le jeune seigneur qu’accompagne un hallebardier,à droite de la Planche, est tiré du beau manuscrit desRemedes de l’une et de Vautre fortune , auquel nous de-vons déjà les portraits de Louis XII et d’Anne de Bre-tagne , reproduits sur la Planche 180. Quoique ce *manuscrit date des premières années du règne deLouis XII , il est cependant évident que le costumeque nous avons sous les yeux rappelle bien moins en-core les costumes de ce règne que ceux du règne pré-cédent, dont il pourrait en quelque sorte passer pourun type caractéristique. C’est, en effet, sous le règnede Charles VIII , qui, pour cacher les défauts de sataille, avait repris la robe longue, que les courtisans,par imitation, s’affublèrent de robes tellement traî-nantes qu’d est vraiment impossible de comprendrecomment, avec cet incommode vêtement, on réussis-sait à marcher sans broncher. Ce fut également à l’avé-nement de ce roi, jeune et chevaleresque, succédant àun vieillard hypocrite et sombre, que la noblesse dutle retour de ces airs délibérés, de cette tournure fan-faronne, qui se manifestait principalement par l’usagede ces bonnets aplatis posés de travers sur l’oreille,et surmontés fréquemment de longs pennaches inclinésde côté. L’habitude de tenir a la main une petite cannedont on gesticulait avec grâce caractérise égalementcette époque et cette disposition belliqu e u se> l 6 p er _sonnage d’un âge mûr qui figure à gauche de notrePlanche présente, au contraire, un type bien carac-térisé du costume de l’époque de Louis XII . Sous cemonarque, de sens plus rassis, on raccourcit la robeII.
ET XVI e SIÈCLES. ai
jusqu’aux genoux, on lui donna la forme d’une amplecapeline fermée jusqu’au cou; les airs évaporés dispa-rurent, et la cour même, à l’imitation de son roi bour-geois, parut transformée en une réunion de bons etsimples citadins.
Le fragment d’ornement introduit sur cette Plancheest tiré d’un de ces recueils de Patrons pour les bro-deurs qu’on publia en si grande abondance, dans lecourant du xvi e siècle, et dont nous traiterons avecquelque détail à la fin de cet ouvrage.
PLANCHE 485.
JEAN DE WEREHIN, CHEVALIER, SÉNÉCHAL
DE HAYNAUT, ENVOYANT UN DE SES HÉRAUTSEN DIVERSES PROVINCES POUR FAIRE H ARMES.
Le véritable nom de ce seigneur était Werchin etnon TVerehin; Froissart l’appelle Jacques ou Jakèmesde Werchin; il était fils de Gérard de Werchin, quiétait comme lui sénéchal de Hainaut. Selon M. Bu-chon, qui a donné l’analyse du manuscrit qui porte entête cette peinture ( OEuvres hist. de G. Chastellain,p. 11), celle-ci représenterait le sénéchal de Hainautremettant à son héraut des lettres de défi qu’il envoyaiten Angleterre, en l’année 1408. Quoi qu’il en soit, ilest évident que le manuscrit, dont nous avons sous lesyeux un brillant spécimen, ne saurait être que despremières années du xvi° siècle. Le sénéchal est vêtude la longue robe traînante à manches fendues, qu’avaitadoptée la cour de Charles VIII , et qui, comme danscet exemple, se transformait quelquefois en véritablemanteau ou manteline, comme on l’appelait alors. Ilporte, par-dessous, la tunicelîe à manches plus justes,pour pouvoir les passer, au besoin, dans les amplesmanches du surtout. Le héraut porte également lacourte tunique et par-dessus le tabard, espèce de dal-matique dégénérée, fendue sur les côtés, et quelquefoissans manches.
Le magnifique ornement qui décore le bas de laPlanche est un riche échantillon de ces larges bor-dures sur fonds colorés, à rinceaux entremêlés d’ani-maux chimériques et parsemés de pierres précieuses,dont on commença vers cette époque à substituer legoût à celui des bordures treillissées et des ornementsempruntés au règne végétal, qui dominait exclusive-ment pendant tout le cours du xv e siècle. Il est presqueinutile de dire qu’à l’aspect de ces formes correctes etélégantes, et de ces gracieuses compositions qui com-mençaient à participer des modèles de la belle anti-quité, on sent déjà l’influence des artistes italiens etde la révolution artistique qu’on est convenu d’ap-peler renaissance.
PLANCHE 486.
SEIGNEUR ET CHASSEUR, REPRÉSENTÉS
DANS UN MANUSCRIT INTITULÉ : RONDEAUX,CHANT ROYAL, UTC.
Le raccourcissement de plus en plus prononcé de larobe annonce l’avènement du règne de François I er ; onvoit même celle-ci perdre sa forme et ses dimensions ca-ractéristiques et se changer, soit en un petit manteau,comme dans le costume de seigneur que nous avons
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