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MONUMENTS DES XV e ET XVI e SIECLES.
sous les yeux, soit en une véritable tunique de dessus,comme dans l’exemple du chasseur qui l’accompagne.Mais, soit fermée en tunique, soit fendue en manteau,la robe s’ouvrait ou s’entaillait toujours sur la poitrine,de manière à laisser voir la riche étoffe, souvent char-gée de broderies, qui formait la tunique intérieure, etsurtout l’entournure éblouissante de blancheur d’unechemise froncée, plissée, brodée ou découpée; car lapassion pour le beau linge était alors portée à son plushaut dégré. Les bonnets plats, de fourrures, de veloursou d’étoffes variées, retroussés de diverses manières,affectaient encore une sorte de simplicité dans leurforme; bientôt on les verra, transformés en toquetsélégants, s’enrouler, se taillader, se déchiqueter, augré de mille fantaisies bizarres, et se poser tellementde travers sur l’oreille que c’était merveille qu’ils gar-dassent un seul instant leur périlleux équilibre.
On remarquera dans l’équipement du chasseur lesdivers attributs qui servent à caractériser le passe-tempsauquel il se livre, savoir, le cornet avec son gracieuxentrelacement de courroies destinées à le suspendre,et le double leurre dont le chasseur se sert pour rap-peler le faucon. L’appât qu’il fait voltiger, à l’aide d’uneficelle, était composé de deux ailes d’oiseau réunies. Ilest probable, pour le dire en passant, que c’est la formede cet appât qui a donné naissance à cet ornement deblason que l’on désigne sous le nom Aevol.
Rien de plus fréquent dans les manuscrits du xv e etdu xvi e siècle que les motifs, soit de tapisserie, soitd’étoffes de tenture, soit plutôt encore d’or basané,que l’on voit décorer le pourtour des salles ou lespentes des hautes chaires à dais. Ces motifs se compo-sent généralement de larges fleurs de dessin fantastique,variées dans leurs détails, mais similaires dans leurcomposition, et qui accusent évidemment des réminis-cences de l’Orient. Le motif qui complète notre planches’éloigne complètement de ce système d’ornementa-tion ; la simplicité, la symétrie et le peu de recherchede sa composition lui impriment un cachet tout-à-fait particulier et tout moderne, si l’on peut s’expri-mer ainsi ; de telle sorte qu’on le prendrait bien plusvolontiers pour un papier de tenture de nos jours quepour la noble basane dorée de quelque château sei-gneurial du xvi e siècle.
PLANCHE 487.
PAGES DE LA COUR DE LOUIS XII (MANUSCRITDES ÉPITRES D'OVIDE).
La mode des habits blasonnés, mi-partis de toutescouleurs et armoriés de tous symboles, si universelleau xiv e et au xv e siècle, vint expirer au commencementdu xvi c ; déjà même, elle n’était plus guère alors enusage que pour la livrée. C’est à ce titre que nousvoyons encore ici des pages porter des chausses mi-parties et des trousses bariolées de couleurs tran-chantes. À propos de cette dernière partie du vêtement,qui doit jouer plus tard un si grand rôle dans le cos-tume de cour, nous remarquerons que c’estla premièrefois qu’il se montre a nous, sous la forme d’une espècede caleçon collant qui devait bientôt s’élargir, se bour-soufler et se taillader de mille manières. C’est égale-ment la première fois que nous apercevons des tail-lades aux manches bouffantes du justaucorps. Cettemode bizarre et sans exemple jusqu’alors fut importéedu pays des belles toiles, c’est-à-dire de Flandre ou
d’Allemagne , où le désir de laisser apparaître toute lafinesse d’un beau linge lui avait donné naissance. Aussiborna-t-on d’abord ses applications au seul pourpoint ;mais bientôt on les prodigua avec extravagance surtoutes les parties de l’habillement, et jusque sur lachaussure. Les prédicateurs et les auteurs satiriquesne tarissent point contre les pourpoints « balafrés à lasuisse , à l’allemande, à la wallonne ; chiquetés, des-coupés à mille balafres, avec la chemisette de taffetas,de satin ou de toile d’or, en hiver; et en été, les che-mises de fine toile de Flandre, dont les traces ne man-quent de paroître entre les balafres du pourpoint. »
( La Sage folie, traduite par L. Garon).
C’était encore un artifice calculé pour laisser saillirdes bouffants de linge finement plissé que ces man-ches divisées en plusieurs brassards, rattachés entre euxpar des nœuds de ruban, tels qu’on les voit sur le cos-tume des deux valets de limiers qui sont ici sous nosyeux ; mode recherchée, dont les femmes s’emparè-rent bientôt, et quelles portèrent jusqu’au dernierdegré de raffinement, en laissant échapper, de ces ou-vertures, des manches immenses qui descendaient jus-qu’à terre. Nos deux valets sont armés l’un et l’autred’une trompe de chasse, formée, comme les serpentsde nos églises , d’une écorce d’arbre roulée et recou-verte d’un cuir. On rencontre encore quelquefois deces instruments dans les cabinets des curieux.
La jolie bordure du bas de la Planche est emprun-tée à l’un de ces recueils de Patrons que nous avonsdéjà cités, et dont nous reparlerons plus tard.
PLANCHE 488.
ARMURES DU TEMPS DE LOUIS XII (HEURES
D’ANNE DE BRETAGNE ET ÉPITRES D’OYIDE).
La belle armure dorée, décorée de reliefs et ciselée,sujet principal de cette Planche, est tirée des Heuresd’Anne de Bretagne , où elle revêt, dans la vingtièmeminiature, la figure d’un majestueux saint Michel,a PP u jé d’une main sur sa lance en forme de croix,de 1 autre sur son bouclier, au milieu d’un groupede puissances célestes. Après le portrait d’Anne deBretagne , non toutefois celui que nous avons décritsous ce titre, mais le véritable, il n’est peut-être pas,dans cet incomparable volume, de miniature plus re-marquable par le style élevé de son dessin et la finessede son exécution que celle dont nous parlons. Cettearmure, ainsi que celle de l’exemple d’à côté, témoignequ’à cette époque le goût des riches ornements et dela dorure s’étendait jusque sur cette partie de l’équi-pement, dont naguère encore la plus belle parureconsistait dans le vif éclat d’un acier poli. On peutconjecturer que le goût de ce luxe nous venait d’Ita-lie , puisque dans les peintures et les tapisseries quireprésentent les entrées triomphales de Charles VIII et de Louis XII dans les villes de Milan et de Pavieces deux princes sont toujours figurés couverts d’ar-mures dorées. On devra bien se donner de garde deprendre l’ample manteline, ou chamarre, qu’a revê-tue par-dessus son armure le noble personnage repré-senté sur notre Planche, et qui n’est autre qu’un deshéros d’Ovide , pour un surtout de guerre destiné àcouvrir l’armure à la manière de la cotte d’armes : cen’est ici qu’un simple déshabillé de fantaisie, si l’onpeut s’exprimer ainsi, qui n’implique l’existence d’au-cun usage analogue généralement adopté.