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Tome II.
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MONUMENTS DES XV e ET XVI e SIÈCLES.

Le petit portrait chevaleresque qui figure , avec sonencadrement, au haut de la Planche, est égalementtiré d’un manuscrit. A la vivacité du coloris, on nepeut douter que ce ne soit une peinture en émail quel’artiste a eu l’intention de simuler. Ajoutons que lesornements du casque sont certainement ici de fantai-sie, et qu’il y aurait risque d’erreur à les admettresans examen comme authentiques. Nous ne devonspas perdre de vue que, dès à présent, nous entronspleinement dans l’ère de la renaissance, et que de nou-veaux systèmes, de nouvelles formes de compositionse substituent, dans toutes les branches des arts, aceux qui avaient été suivis jusqu’alors. Ainsi, parexemple, à cette observation scrupuleuse et rigide desmoindres détails du costume régnant, qui avait forméjusqu’alors le caractère des peintures de toutes lesépoques, va succéder un débordement de formes decaprice, et surtout d’imitations plus ou moins heu-reuses de l’antique; véritable confusion de costumes,au milieu de laquelle il sera souvent épineux pourl’artiste et le critique de discerner le mensonge de lavérité.

Qui croirait, a voir ces trois graves personnagesdans le costume exact de la fin du xv e siècle, et dontl’un ôte poliment sa toque à plumet à l’aspect d’unebelle dame coiffée du haut bonnet à voile traînant,qu’il s’agit ici du Jugement de Paris ? La plupart desdivinités de l’Olympe, que l’on passe successivementen revue en parcourant les trente grandes miniaturesqui décorent ce précieux volume, sont travesties d’unemanière aussi plaisante; témoignage presque inutile àalléguer, tant il est surabondamment prouvé, que lesartistes du moyen âge ne conçurent jamais l’histoireancienne et la mythologie qu’avec les costumes, lesmeubles et les usages de leur propre temps.

PLANCHE 490.

COSTUMES DE LA FIN DU XV e SIÈCLE, EXTRAITSDE DIVERS MANUSCRITS DE LA BIBLIOTHÈQUEDU ROI. — COSTUMES DES DAMES DE LA COURDU ROI RENÉ.

PLANCHE 489.

DIVERS COSTUMES REPRÉSENTÉS DANS UNEPEINTURE D’UN MANUSCRIT INTITULÉ : ÉCHECSAMOUREUX. — CONCERT VOCALET INSTRUMENTAL, TIRÉ DU MÊME MANUSCRIT.

M. P. Paris nous apprend, dans sa Description desManuscrits français de la Bibliothèque du Roi (t. I,p. 27g) ,que le titre à'Échecs amoureux, sous lequel ondésigne ordinairement ce volume, est en partie erroné.On ne trouve en effet dans cet ouvrage qu’un com-mentaire sur un poème, probablement beaucoup plusancien, qui portait ce titre, et qui paraît aujourd’huiperdu. Quoi qu’il en soit, ce magnifique volume, queM. Dibdin qualifie à 7 incomparable, est, après le ma-nuscrit des Heures d’Anne de Bretagne , un des plussplendides et des plus précieusement illustrés que pos-sède la Bibliothèque Royale. M. Willemin supposai'qu’il avait été exécuté pour le jeune Louis de Franceduc d’Orléans, depuis Louis XII ; c’est du moins l’opinion que cet artiste a consignée sur le titre de 1;Planche 192, extraite du même manuscrit. M. Pari:conjecture, au contraire, qu’il a dû être dédié au jeun<comte d’Angoulême, depuis François I er , et cette des-tination lui paraît résulter de l’insertion des armes diSavoie dans 1 ecu d Orléans , qui décore jusqu’à troifois les miniatures de ce volume. Une miniature deplus intéressantes, que M, Willemin se proposait dpublier si la mort ne l’en eût empêché, est celle quforme le frontispice de l’ouvrage, et qui représentesuivant les conjectures de M. Paris, le jeune Francoijouant aux échecs avec sa soeur Marguerite, depuireine de Navarre, en présence d’Artus de Gouffiergouverneur du jeune prince : personnages auxquelM. Willemin substituait, dans son système d’interprétation, Louis XII, Anne de Bretagne et Charles VIII

La troupe de musiciens et de chanteurs, qui formle sujet principal de notre Planche, accompagne, danl’original, une belle et curieuse figure de la Musiqueplacée sous ledais à tenture pendante qui décore lecentrdu sujet, figure qu’il est bien regrettable que M. Willemin, par économie de gravure et de coloriage, aiéliminée de la composition qu’elle servait à expliquer

La première rangée de costumes est extraite d’unmanuscrit en deux volumes, contenant une traduc-tion de la Cité de Dieu, par Raoul de Praelles ou dePresles, écrivain du xiv e siècle. Ce manuscrit, qui estde la seconde moitié duxv e siècle, renferme un grandnombre de belles et grandes miniatures qui passentà juste titre pour l’un des chefs-d’œuvre de cetteépoque, et porte dans ses vignettes les armoiries plu-sieurs fois répétées de Louis Mallet, sire de Graville,amiral de France sous Charles VIII , ce qui fait con-jecturer qu’il a été exécuté pour ce noble seigneur.

La seconde rangée, que M. Willemin a qualifiée,nous ne savons pourquoi, de Costumes de la cour duroi René, est encore extraite du commentaire sur lelivre des Echecs amoureux, dont nous avons parlé àl’occasion de la Planche précédente. Ces costumes nesont pas plus particulièrement applicables à la courdu roi René qu’à tout le reste de la France , à la findu xv e siècle, et nous avons d’ailleurs expliqué quele manuscrit qui les contenait n’offrant guère qu’unesuite d’allégories mythologiques, toutes ces figuresreprésentaient des divinités de l’Olympe, telles queJunon , Vénus, Pallas, la Nature, les Parques ou laFortuné. Au reste, l’observation du costume, relati-vement à l’époque où travaillait l’artiste, n’en est pasmoins rigoureuse ; et si la vogue de ces hauts bonnetset de ces robes à larges bordures de velours, ou defourrure, n’était bien connue par d innombrablesexemples tirés des peintures du temps, on pourraitencore l’induire d’une foule de passages des auteurs,et entre autres du suivant, qui rappelle trop de par-ticularités que nous avons eu 1 occasion de signaler,pour que nous ne le citions pas en entier :

« En ceste année mille quatre-cens soixante-un, lesdames de Lyon , qui auparavant portaient longuesqueues en leurs robbes, changèrent, et mirent auhors des robbes de grans et larges pans, les unes degris de laitices, les autres de muities, les autres desautres semblables choses, chacun selon son estât, etpossible passoient aucunes plus oultre. Et en leurstestes chargèrent certains bourrelets pointus commeclocliiers, la plupart de la hauteur de demie-aulne outrois quartiers, et estoient nommés par aulcuns lesgrands papillons , pareequ’il y avoit deux larges ailes,deçà et delà, comme sont ailes de papillons. Et estoitce haut bonnet couvert d’un grand crespe tra'isnant