MONUMENTS DES XVI" ET XVII" SIÈCLES.
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PLANCHE 288.
MÉDAILLON EN ÉMAIL DE LA FABRIQUE DE LIMOGES ,SIGNÉ JEAN COURTOIS.
A l’article des émaux du moyen âge (PI. 3o),nous avons parlé du système particulier suivant le-quel ces émaux étaient exécutés; nous avons dit queles productions de cet art mériteraient bien plutôt deporter le titre de bronze ou de métal émaillé quecelui de peinture en émail, parce que, dans ce genrede travail, le métal creusé ou champlevé fournissait,non seulement le fond, la matière subjective du des-sin, mais encore le contour, et que les teintes n’é-taient ni superposées ni nuancées, mais simplementjuxtaposées. La véritable peinture en émail, à laquellece coloriage grossier donna incontestablement nais-sance, dut apparaître dans le courant du xiv° siècle.On la trouve complètement établie dans le xv®, et elleatteint au xvi' a un très haut degré de perfection,comme ou peut s eu convaincre par l , exemple (|ucnous avons sous les yeux. Le procédé qu’emploie cenouveau genre de peinture diffère essentiellement decelui du précédent. Le métal est bien encore la ma-tière subjective du dessin, mais au même titre que latoile ou b; bois dans la peinture à l’huile , c’est-à-direqu’il se borne à recevoir et à porter les couleurs, tandisque celles-ci, s’étalant librement à la surface, sont sus-ceptibles de toutes les combinaisons et de toutes les dé-gradations de teinte qui peuvent résulter de leur fusionentre elles. L’emploi de ce nouveau procédé, si variédans ses applications et si riche dans ses effets, dut avoirpour effet de faire presque entièrement abandonnerl’ancien. Toutefois, la fabrique de Limoges , au sein delaquelle il put bien naître, ou qui sut du moins se l’ap-proprier, n’en conserva pas moins son antique supé-riorité dans cette branche d’industrie, et ces nouveauxémaux portèrent, aussi bien que les anciens, le titred’émaux de Limoges . Au moyen de l’extension de sesprocédés, la peinture en émail vit multiplier ses ap-plications : ainsi, elle ne se borna plus à servir en quel-que sorte d’auxiliaire à la ciselure des métaux, à con-tribuer simplement à la décoration des objets aux-quels on l’appliquait, elle travailla dès lors pour sonpropre compte, et sut rivaliser avec la peinture àl’huile, ou sur le verre, avec la miniature des manus-crits, en variété d’effets, en richesse et en éclat decoloris. Entre les nouvelles applications auxquellesses progrès rapides lui donnèrent le droit de préten-dre, on doit compter la décoration des riches appar-tements. En effet, le goût s introduisit, au xvi® siècle,de suspendre aux tentures des cuirs dorés, d’encadrer,dans les lambris sculptés des hautes salles des palais,des médaillons peints en émail. Madrid, Chambord etFontainebleau entre autres reçurent ces magnifiquesenrichissements, et il n’est pas douteux que la mer-veilleuse composition de près de deux pieds de hauteurque nous avons sous les yeux n’ait eu, dans l’origine,cette destination. 11 est probable d’ailleurs que cesujet allégorique ne nous offre qu’un fragment déta-ché d’une suite plus ou moins longue de sujets ana-logues, du même genre a peu près qu’une suite trèsprécieuse qui était naguère en la possession de M. leprofesseur Robertson , à Paris , et qui avait été exé-cutée pour le château de Madrid, par Pierre Courtoisparent de celui qui a signé notre médaillou. Quoi qu’ilen soit de cette conjecture, à laquelle le fait de l’exis-II.
tencc d’un médaillon analogue dans les armoiries duMusée du Louvre imprime tout naturellement le ca-ractère de la certitude, voici la description de notrepièce , d’une magnificence vraiment sans égale : c’estune espèce de déification de la grammaire, institutricede toutes les sciences. C’est elle qui figure dans le com-partiment central, caractérisée par le rouleau qu’elletient dans une main, par le rocher d’où jaillissent dessources nombreuses qu’elle tient dans l’autre, et parles livres épars à ses pieds. Une lanterne posée non loind’elle et, dans le lointain, un auditoire nombreuxattentif aux leçons d’un professeur complètent cetassemblage d’attributs allégoriques. Autour de la bor-dure, on remarque la Justice, Pallas, la Renommée,des génies épandant des fleurs, des femmes éplorées,symbolisant sans doute, sous la figure de nationsvaincues, les triomphes de la grammaire ; toutes per-sonnifications qui achèvent de donner à l’idée expri-mée par l’artiste son entier développement. La signa-ture de l’artiste consiste dans les deux lettres I. C.,qu’on remarque au-dessus du nom du personnageprincipal : Gmmatique.
Jacques ou Jean Courtois, car le monogrammeinexplicite de ses émaux ne permet pas de préciserson prénom, fut élève du célèbre Léonard, dit de Li-moges , auquel François I or confia la direction de lafabrique de cette ville. Après la mort de son maître,c’est lui qui succéda à ce célèbre artiste dans cettedirection. Il a produit un grand nombre d’ouvrages,parmi lesquels on cite des coupes, des hanaps, desaiguières avec leurs plateaux, et particulièrement dessuites de tableaux émaillés du genre de ceux dont nousparlions il n’y a qu’un instant. On remarque que sesouvrages ont un caractère particulier et une couleurqui leur est propre. Le style des figures, le goût desornements, la profusion des arabesques qui entrentdans les compositions, ne laissent pas de doute surl’époque de leur exécution, qui correspond à celle durègne de Henri II .
A la vente du cabinet de M. de Monville, notreémail atteignit le prix énorme de 4,5 io fr.
PLANCHE 289.
AIGUIÈRE DU XVI' SIÈCLE (CABINET
DE M. DE MONVILLE).
Cette pièce, d’une importance et d’un méritevraiment hors de ligne, présente à la critique artis-tique un problème que nous n’essaierons pas de ré-soudre, tant la poursuite de cette solution incertainenous entraînerait au delà des limites que la spécialitéde notre travail ne nous permet pas de franchir. Onne connaissait, jusqu’à ces derniers temps, en fait defaïences françaises du xvi' siècle, que deux fabrica-tions distinctes, présentant des diflêrences bien tran-chées : les poteries émaillées de Bernard Palissy , etles décorations monumentales en faïence que César, ou,selon d’autres, Girolamo délia Robbia, appelé d’Italie par François I er , fit pour l’ornement des palais de ceprince, et surtout pour le château de Madrid. Mais larencontre inattendue de cette pièce et de quelquesautres en très petit nombre, évidemment sorties de lamême main, et paraissant avoir été exécutées en France ,à peu près à la même époque, puisqu’elles portentl’écu de France, et les emblèmes de Henri II , estvenue ajouter un troisième élément a la question des
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