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Tome II.
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MONUMENTS DÉS XVI e ET XVII e SIECLES.

origines de cet art, et un nouvel aiguillon à la curio-sité des amateurs. A quel artiste, a quelle province,à quelle fabrique particulière peut-on attribuer 1 exé-cution vraiment merveilleuse de ces quelques piècesqui presque toutes paraissent avoir fait partie d unservice destiné à Henri II ? tel est le problème quepersonne jusqu’à ce moment n’a été assez perspicaceou assez heureux pour résoudre. Il est vrai que 1 unde nos antiquaires les plusdistingues, M. Dusommerard,croit avoir reconnu sur lune des pièces en questionune marque de Beauvais ; et comme cet amateur arecueilli sur les lieux quelques vagues traditions tou-chant une fabrique de faïence qui aurait ancienne-ment existé dans cette ville, et que d’ailleurs Rabelais cite, entre autres ustensiles, les gobelets de Beau-vais , il se croit fondé à trancher la question et à dé-cider que ces étonnantes productions de la céramiquefrançaise furent fabriquées à Beauvais . Mais malheu-reusement M. Dusommerard ne se rappelle pas posi-tivement quelle pouvait etre cette marque, qui tran-cherait en effet la question ; de sorte que, dansl’impossibilité de discuter la valeur et le degré d’au-thenticité de ce signe caractéristique, il est permis derester dans le doute, jusqu’à ce qu’on parvienne àrecueillir quelques renseignements plus décisifs. D’ail-leurs, la fixation précise du lieu de fabrication ne se-rait qu’un acheminement à la solution entière du pro-blème que présentent ces précieux vases. Ce qu’ilimporterait surtout de connaître, ce sont les nomsdes artistes, leur origine, et les circonstances quifirent établir, puis porter tout à coup à un degré deperfection si extraordinaire, et déchoir presque in-stantanément, une semblable fabrication. Car il estbien certain, vu le nombre extrêmement réduit despièces qui ont survécu, que cette entreprise ne dutavoir qu’une existence éphémère. En présence desinnombrables objections qui semblent se dresser detoute part dès qu’on essaie de rapporter ces admi-rables faïences à quelque fabrique française, ne se-rait-il pas plus raisonnable de supposer qu’elles ontété exécutées en Italie, à Florence , par exemple, oùdepuis près de deux siècles la famille deïla Robbiacontinuait ses merveilleux travaux, et que ce service,composé pour Henri II , aurait été envoyé en présent àce monarque par l’un des princes florentins parents deCatherine de Médicis ?

L’intérêt de la vérité nous oblige cependant à dé-clarer que ces singuliers produits, autant par la na-ture des matériaux mis en oeuvre et par la compo-sition de la couverte que par le goût et le procédéd’application des ornements, ne s’éloignent pa§ moinsdu genre des majolica florentines ou italiennes quede celui des rustiques figulines de Bernard Palissy ;de telle sorte que reporter à l’Italie l’honneur de cettefabrication ne ferait à la rigueur que déplacer laquestion sans aider à la résoudre, puisque les carac-tères d’exclusion qui empêchent d’attribuer ces pré-cieuses faïences aux fabriques françaises n’auraientpas moins de valeur à l’égard de lltalie.

Quant à la considération des lieux où l’on a recueillices divers objets, aussi loin que le souvenir des trans-missions successives de ces derniers puisse remonter,elle ne saurait fournir pour la détermination dont ils’agit que des notions vagues et contradictoires : ainsi,il est tel de ces objets qui a été rapporté de Rome , ettel autre d’Espagne ; tel vient du midi et tel autredu nord de la France . Il n’est peut-être pas cependantsans intérêt d’ajouter que, sur deux douzaines de

pièces, entières ou fragmentées, que l’on a signaléesjusqu’à ce jour, il en est à peu près la moitié que l’onsait positivement provenir de la Touraine , et prin-cipalement de la ville de Thouars. Serait-ce en défi-nitive à cette dernière localité que devrait resterl’honneur d’avoir produit ces délicates merveilles del’art céramique? C’est une présomption qu’il seraitpeu rationnel d’admettre de prime abord, mais quepeut-être l’avenir, éclairé par de nouvelles décou-vertes, réussira à confirmer.

II règne sur ces pièces une autre opinion que nousavons nous-même paru d’abord adopter sans discus-sion , mais sur laquelle il est pourtant nécessaire quenous appelions quelques éclaircissements. On supposeque toutes ont fait partie d’un service destiné àHenri II , parce que quelques unes portent inscritssur leurs parois, soit le chiffre bien connu de ce mo-narque , soit les trois croissants entrelacés qui furentson emblème le plus habituel, soit enfin les armesde France . Cette preuve paraît en effet décisive pourtoutes les pièces qui portent ces insignes, mais il n’enest guère que neuf sur vingt-quatre dans ce cas. Or,pour les quinze restantes, il serait peut-être hasardéd’adopter la même conclusion, d’autant plus quetoutes ces pièces, à cause des répétitions nombreusesqu’elles offrent, paraissent bien plutôt appartenir àplusieurs suites différentes, ou même constituer au-tant d’unités distinctes, sans relation nécessaire avecleurs congénères, que se rapporter à une seule etmême suite. D’ailleurs, l’état de grossièreté et d’im-perfection de quelques unes, comparé à l’admirableréussite de toutes les autres, doit éloigner l’idéequ’elles auraient pu faire partie d’un même assorti-ment. Voici, au reste, la classification de ces pièces,eu égard aux différents usages auxquels elles parais-sent devoir se rapporter : cinq aiguières, cinq sa-lières , quatre coupes à pied avec ou sans couvercle,trois vases à anse supérieure et à petit goulot latéral,que l’on est convenu d’appeler biberons, une espècede sucrier ou de compotier, un chandelier, et enfincinq fragments, dont la plupart sont des couvercles.Il n’est peut-être pas inutile d’ajouter que toutes lespièces du même genre sont différentes les unes desautres, et qu’excepté deux salières de la collection deM. Sauvageot, on n’en a pas encore rencontré, ànotre connaissance, qui soient des reproductionsexactes du même type.

Essayons maintenant de caractériser d’une ma-nière plus précise cette fabrication, dont la belle ai-guière que nous avons sous les yeux est, sans contre-dit, le spécimen le plus important, le plus splendide,et celui sur lequel les procédés particuliers à ce genrese manifestent de la manière la plus facile à sàisir. Lapâte argileuse avec laquelle on a modelé ces faïencesest une véritable terre de pipe entièrement blanche, cequi distingue déjà celles-ci, non seulement des poteriesde Palissy , dont la terre est grisâtre, mais encore desmajolica, dont la pâte est plus ou moins colorée. Ils’ensuit de cette différence radicale que, tandis que lespremières ne sauraient se passer de l’enduit d’émaux,a la vérité transparents, mais pourtant fortement co-lorés, qui dissimulent l’aspect terne de la matièreprémiere, et les secondes de la couche d’émail blancopaque qui forme toujours le champ de leurs pein-tures , il suffit aux faïences que nous examinons d’unsimple vernis ; et, en effet, elles ne sont revêtues qued’une couverte de verre transparent, qui ajoute de1 éclat à la terre sans modifier sa couleur propre.