MONUMENTS DES \\T ET XVII* SIECLES.
créateur pour la France , où les procédés de cet artétaient encore en partie inconnus. D’ailleurs, si Pa-lissy fût allé s’instruire «à l’école des mnjoristes italiens,il est vrai qu’il se fût épargné quinze années de tra-vaux pénibles, d’expériences infructueuses et d’amersdésappointements, mais en retour, il est probablequ’il n’aurait guère reproduit que ce qu’il aurait vufaire, et la France n’eût pas été dotée d’un art natio-nal, dont les productions rivaliseront dans tous lestemps avec les plus précieux modèles de l’Italie . Cequi constitue donc à nos yeux la véritable gloire denotre admirable artiste , c’est non seulement de s’êtrecréé à lui-même tous ses procédés, et de les avoir por-tés à un haut degré de perfection, mais encore d’avoircréé un art typique, original, qui ne devait rien àl’imitation étrangère, et dont les productions, mai-gre d’innombrables contrefaçons, sont à peu près res-tées sans rivales.
Les oeuvres dart auxquelles Palissy appliqua lesressources de son génie inventif et le cachet de songoût si pur sont de genres très divers. Il nous apprendlui-meme dans ses écrits que son premier état avaitété celui de peintre verrier ; on a pris autorité de cefait pour lui attribuer les peintures sur verre du châ-teau d’Écouen , et particulièrement la fameuse suitede l’histoire de Psyché, parce qu’on sait qu’il fut em-ployé par le connétable aux embellissements de cepalais. A la rigueur, cependant, ceci ne constitueraitqu’une présomption, car il est constant que notre ar-tiste exécuta pour cette somptueuse demeure biend’autres travaux plus appropriés à la nature de sesnouvelles découvertes, tels que des pavages émaillés,des décorations de grottes, etc. Puisque nous venonsde parler de pavages émaillés, c’est-à-dire de pein-tures exécutées à plat sur terre cuite, nous ne devonspas laisser ignorer qu’on a également attribué à Ber-nard Palissy quelques travaux de ce genre, attributionqui n’est pas sans vraisemblance, aucun travail nepouvant mieux s’assortir à la spécialité de son talentque celui qui offrait la fusion des procédés de l’artdont il était l’inventeur et de ceux de la peinture surverre, qu’il avait long-temps pratiquée. On a encoreattribué à Palissy des émaux proprement dits, c’est-à-dire des peintures vitrifiées sur métal; nous avonsmême appris de la bouche de M. Willemin que la si-gnature reproduite sur notre Planche 290, au-dessousdu portrait qu’on suppose représenter notre grandartiste, avait été relevée au dos d’un émail qui repré-sentait une Magdeleine couchée près d’une grotte. Cefait bien constaté serait décisif pour établir que Pa-lissy joignit à ses autres talents celui d’émailleur, maisil 11e nous laisserait pas moins dans l’incertitude surla quotité, 1 importance et la destinée actuelle destravaux de ce genre qu’il aurait pu exécuter. '
Nous arrivons enfin aux travaux qui caractérisentplus particulièrement l’œuvre du maître, à ces rusti-ques figulines dont un brevet de Charles IX autorisaPalissy à se déclarer l’inventeur.
La classification de ces ouvrages, d’une variété in-finie, pourrait fournir un assez grand nombre de di-visions. Ainsi, 1 on pourrait distinguer et placer entête, comme pièces les plus capitales, ses portraits enrelief, tels que celui de la Planche 290, et ses sujets degrande dimension en bas-relief, qui rappellent jusqu’àun certain point les majoriques monumentales desartistes de la famille délia Ilobbia. Viendraient ensuiteses figurines de ronde-bosse, naïves et charmantesbagatelles, qu’il produisait sans doute en se jouant etII.
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comme délassement de travaux plus sérieux, mais queses contemporains et leurs successeurs n’ont pas dûtraiter avec plus de respect que des jouets d’enfants,puisqu’elles sont aujourd’hui de la plus extrême rareté.On distinguerait en troisième lieu ses petits meu-bles : écritoires, salières, chandeliers, dont nos troisPlanches 290, 292 et 2g3 offrent chacune un spéci-men aussi élégant que caractéristique. Enfin, toute sariche vaisselle ornementale formerait la dernière divi-sion, et fournirait encore l’occasion d’établir danscette classe d’assez nombreuses subdivisions. Ainsi,l’on pourrait classer à part ses plats à sujets religieux ,historiques, allégoriques ou simplement de fantaisie;ses plats arabesques, à compartiments, à salières, àmascarons, à entrelacs, pleins ou découpés à jour;enfin, ses innombrables plats qu’on pourrait appelerzoomorpliiques , et qui présentent pour décoration unefoule de crustacés, de reptiles, de coquillages, depoissons et d’insectes moulés sur nature. C’est, nousn’hésitons pas à le proclamer, dans ces dernières pro-ductions qu’éclate surtout l’originalité du talent dePalissy ; dans ses autres ouvrages, il n’est souvent quecopiste; il s’approprie à droite et à gauche les motifsd’ornement, il surmoule les bas-reliefs, l’orfèvrerie dutemps; combine avec un goût infini ces élémentsd’emprunt, couvre le tout de ses admirables émaux,et légitime en quelque sorte ses larcins par l’emploijudicieux qu’il en fait, et l’effet merveilleux qu’il saiten tirer; mais dans les nouvelles compositions aux-quelles nous faisons allusion, il ne dérobe qu’à la na-ture, et réussit presque à rivaliser avec elle en finessede modelé, en souplesse de rendu, en naturel d’inten-tions, en éclat et en franchise de couleurs.
Il est incontestable que toutes ces imitations étaientsoigneusement moulées sur nature : c’est un fait surlequel un examen même superficiel de ces poteries nesaurait laisser aucun doute. C’est donc à tort que dansquelques appréciations récentes du génie du potierd’Agen , on a considéré cet artiste comme sculpteurd’animaux, supposant qu’il aurait exécuté tous sesmodèles à l’ébauchoir et à la main. Indépendammentde ce que, pour toute personne un peu au fait desemblables travaux, la preuve du contraire doit infail-liblement ressortir de l’examen des objets en question,on pourrait alléguer cette autre preuve, que, parmiles plats très nombreux que notre artiste a surchargésde ces représentations naturelles, on n’en a pointencore rencontré qui offrissent le même type, ou, end’autres termes, qui parussent sortis du même moule;parce qu’en elfet il paraît que la nature des procédésemployés pour le moulage de ces pièces ne permettaitpas de tirer successivement plusieurs épreuves d’unemêm^malxice. Or, pour peu que l’on fasse attentionau nombre très considérable de plats de cette espècequi existent aujourd’hui dans les cabinets des amateurs,et que l’on essaie de calculer le nombre bien plus con-sidérable encore de ceux qui ont dû se perdre, on ar-rive facilement à cette conclusion, qu’il aurait étéimpossible à un seul homme d’exécuter autant depièces d’une variété si infinie, en poussant aussiloin l’exacte imitation de tous les détails de la nature.Au reste, nous avons rencontré, dans un recueil sanstitre de la fin du xvi° siècle, contenant une foule deprocédés d’art et d’industrie de cette époque, le détaildes procédés que dut employer Palissy pour l’exécu-tion de ces singulières empreintes. Ainsi, nous avonsvu, dans ce curieux et rare volume, que l’on se ser-vait, pour préparer le motif de la composition, d’un
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