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Tome II.
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MONUMENTS DES XVI e ET XVII e SIECLES.

ment vulgaire et de première nécessité que la poterieet la faïence plus ou moins ornée que Ton a peine àconcevoir que l’on ait pu, pendant tout le moyenâge, ignorer les procédés de cette industrie, ou dumoins en être l’éduit à se servir de ses produits lesplus grossiers. C’est cependant un fait bien constant.Il est à la vérité hors de doute que l’industrie du po-tier fut pratiquée pendant toute cette période, puis-qu’on trouve à toutes les époques, dans les règlementscommerciaux, les inventaires et les titres, des men-tions spéciales ou des allusions relatives à ses produits;mais il n’est pas moins certain que cet art était bornéà ses applications les plus communes, telles que lafabrication des vases de grès sans vernis , ou des pote-ries rendues imperméables, soit à l’aide d’un enduitplombifère, soit au moyen de cette couverte légèrequ’on obtient par la volatilisation du sel marin pro-jeté dans le four vers la fin de la cuisson. Du reste,aucun sentiment d’art dans ces produits grossiers, au-cune tentative d’ornementation résultant du jeu variéet de l’éclat des émaux. Aussi n’est-il pas étonnant quede toute cette vaisselle brute, destinée aux usages lesplus vulgaires et employée seulement par la classe laplus pauvre, aucun échantillon complet n’ait survécu ;bien plus, on n’en trouve pi’esque jamais mentiondans les inventaires de riches mobiliers, et surtout onne la voit jamais figurer dans les miniatures des manu-scrits, sur les meubles et les dressoirs où brillent ex-clusivement les vases de verre et de métal. C’est in-contestablement dans l’Orient, cette source communede presque tous nos arts industriels, qu’il faut allerchercher l’origine de l’application des émaux sur l’ar-gile solidifiée au feu. Sans parler ici du Japon et de laChine , qui possèdent depuis une très haute antiquitéleurs fabriques de porcelaine, qui ne sait que lesArabes d’Espagne pratiquèrent de tout temps l’artd’émailler des vases de terre cuite, et surtout de re-vêtir de couleurs brillantes et de dessins variés cescarreaux appelés azulecos qui servaient à décorer lesparois de leurs habitations, de leurs mosquées et deleurs palais? C’est probablement d’Espagne , et parl’intermédiaire des îles Baléares , que cette industriepassa en Italie , vers le commencement du xiv e siècle;du moins, le nom de maiolica, c’est-à-dire ouvragede Mayorque, qu’on donne encore en Italie aux an-ciennes poteries émaillées de fabrique toscane , paraît-il un indice plausible de cette origine. M. Hensel,dans son Essai sur la majorique , ou terre émaillée,adressé en i836 à la Société libre des Beaux-Arts, adéveloppé avec une lucidité parfaite l’histoire et lesvicissitudes de cet art, qui acquit au xv e siècle, en Tos-cane , par les travaux de la famille délia Robbia, etsous le règne protecteur des Sforce, son plus haut de-gré de splendeur, Florence, Pesaro, Pise, Urbin ,Castel-Durante, Faenza, Sienne, Rimini, Asciano ,Forli, Bologne, Spello, Gubbio et Citta-Castellana,virent simultanément ou successivement s’élever desfabriques qui toutes se distinguèrent par des applica-tions nouvelles ou par l’emploi de procédés particu-liers. Revêtements intérieurs et extérieurs des édifices,splendides décorations d’autels, tabernacles à reliques,vases de parade, tableaux, vaisselle de toute forme,à reflets métalliques, à peintures brillantes, richessurtouts chargés de fruits dorés en relief, de figu-rines, etc., telles furent les principales productionsdes artistes majonstes de la Toscane a cette époquebrillante de l’art, qui se prolongea presque sans dé-clin jusque vers le milieu du xvx” siècle.

Maintenant, comment se fait-il que plus d’un siècleaprès que Lucca délia Robbia, ses frères, ses élèves etses imitateurs avaient déjà inondé la Toscane et l’Italie de leurs admirables productions, l’art qu’ils portèrentà un aussi haut degré de perfection fût encore à naîtreen France ? C’est ce qu’on ne saurait expliquer que parles obstacles qu’opposait la difficulté des communica-tions à la transmission des modèles fragiles qui seulsauraient pu faire naître parmi nous l’idée de l’imita-tion. Il est vrai qu’à défaut de modèles, les artistesémigrèrent : la Grèce , Corfou, la Flandre même, re-çurent des colonies de majorâtes; enfin, sous le règnede François 1 er , Girolamo délia Robbia, petit-neveu dufameux Lucca , et dernier rejeton de cette illustre fa-mille d’artistes, vint en Fi'ance sur l’instigation dequelques marchands, et se vit aussitôt employé par lemonarque à la décoration de ses palais et surtout àl’embellissement du château de Madrid, élevé dans lebois de Boulogne ; ou prétend même que ses travauxs’étendirent jusqu’à Orléans . (Hensel, notice citée.)

Ce qui paraîtra toujours inexplicable, c’est que cesoit à l’époque même où cet art, loin d’être concen-tré, comme on a voulu le faire entendre, parmi quel-ques artisans jaloux, débordait ainsi de toute part,qu’il vienne à l’idée d’un pauvre artiste périgourdin,tour à tour arpenteur et peintre verrier, non pas d’al-ler s’instruire à l’école de quelqu’un des maîtres quipullulaient alors en Italie et commençaient même à serépandre en France , mais bien de trouver seul, sansaide, sans appui et sans guide, le secret de la faïenceémaillée, dont la vue d’une coupe venue d’Italie luiavait tout à coup révélé les merveilleuses propriétés.Toutefois, ne nous hâtons pas d’accuser d’aveugle-ment ou de présomption notre illustre et malheureuxcompatriote. Palissy était époux et père; sa position,quoique aisée, était précaire et dépendait du travail deses mains. Il habitait le fond d’une province reculée, etce grand mouvement intellectuel et artistique qui dé-veloppait alors dans tous les arts une si prodigieuseactivité lui était sans doute étranger. D’ailleurs, déjàinitié à la triture des émaux, que ses travaux depeintre verrier lui avaient appris à employer, il de-vait naturellement nourrir l’espoir d’en trouverpromptement l’application aux terres cuites : or, àdes âmes de la trempe de celle de Palissy , les ob-stacles inattendus ne font qu’ajouter une nouvelleénei'gie ; et pour elles un but entrevu veut être atteint,quelques sacrifices qu’il en coûte. Au reste, Palissy dut expier par quinze années de labeurs incessants,de peines physiques et morales inouïes et de misèreaffreuse, les illusions de son génie et le calcul erronéde sa généreuse ambition. Mais, qu’on ne s’y mé-prenne pas, notre rêveur sublime, partant des pre-mières données de la science, des procédés les plusgrossiers du métier, pour arriver à créer seul un artcomplet, qui ne le cédait sous aucun rapport à celuide l’Italie , fit autant en quinze années que les majo-râtes toscans avaient fait en trois siècles, avec leconcours des plus heureuses circonstances, l’héritagedes traditions de l’Orient, les encouragements deprinces puissants , et l’expérience accumulée d’unefoule d’hommes de génie. Ainsi, à proprement parler,Bernard Palissy ne fut*pas, comme on le répète tropsouvent, l’inventeur de l’art d’émailler la terre cuite,puisque, depuis une époque tellement immémorialequ’on ne saurait en préciser la date, en Espagne , enItalie et dans une foule d’autres contrées, cet art étaitpratiqué, perfectionné, florissant; mais il en fut le