CONTES
PRÉFACE
DE CATHERINE VABÉ,
POUB LES CONTES DE GUILLAUME VADÉ '.
1738 .
Je pleure encore la mort de mon cousin Guillaume Vadé, qui dé-céda, crmme le sait tout l’univers, il y a quelques années : il étaitattaqué de la petite vérole. Je le gardais, et lui disais en pleurant :AU ! mon cousin, voilà ce que c’est que de ne pas vous être fait inocu-ler 1 lien a coûté la vie à voire frère Antoine, qui était, commevous, une des lumières du siècle. Que voulez-vous que je vous dise?me répondit Guillaume; j’attendais la permission de la Sorbonne , etje vois bien qu’il faut que je meure pour avoir été trop scrupuleux.
L’État va faire une furieuse perte, lui répondis-je. Ab! s’écriaGuillaume, Alexandre et frère Berthier sont morts; Sémiramis et laFillon, Sophocle et Danchet, sont en poussière. — Oui, mon chercousin; mais leurs grands noms demeurent à jamais : ne voulez.-vouspas revivre dans la plus noble partie de vous-même? Ne m’accordez-vouspas la permission de donner au public, pour le consoler, les contesà dormir debout dont vous nous régalâtes l’année passée ? Us faisaientles délices de notre famille ; et Jérôme Carré, votre cousin issu degermain, faisait presque autant de cas de vos ouvrages que dessiens : ils plairont sans doute à tout l'univers , c’est-à-dire à unetrentaine de lecteurs qui n’auront rien à faire.
Guillaume n’avait pas de si hautes prétentions; il me dit avec unehumilité convenable à un auteur, mais bien rare : Ah! ma cousine,pensez-vous que, dans les quatre-vingt-dix mille brochures impri-mées à Paris depuis dix ans, mes opuscules puissent trouver place,et que je puisse surnager sur le fleuve de l’Oubli, qui engloutit tousles jours tant de belles choses?
Quand vous ne vivriez que quinze jours après votre mort, lui dis-je,ce serait toujours beaucoup ; il y a très-peu de personnes qui jouis-
1 Ces personnages sont imaginaires.
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