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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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PRÉFACE

sent de cet avantage. Le destin de la plupart des hommes est de vivreignorés; et ceux qui ont fait le plus de bruit sont quelquefois oubliés lelendemain de leur mort. Vous serez distingué de la foule ; et peut-êtremême le nom de Guillaume Vadé, ayant lhonneur dêtre imprimé dansun ou deux journaux , pourra passer à la dernière postérité. Sous queltitre voulez-vous que jimprime vos Opuscules ? Ma cousine, me dit-il,je crois que le nom de fadaises est le plus convenable ; la plupart deschoses quon (ait, qu'on (lit, et quon imprime, méritent assez ce titre.

J'admirai la modestie (1e mon cousin t et jen fus extrêmement at-tendrie. Jérôme Carré arriva alors dans la chambre. Guillaume fitson testament, par lequel il me laissait maîtresse absolue de ses ma-nuscrits. Jérôme et moi lui demandâmes il voulait être enterré;et voici la réponse de Guillaume, qui ne sortira jamais de ma mé-moire :

« Je sens bien que navant été élevé dans ce monde à aucune des« dignités qui nourrissent les grands sentiments, et qui élèvent lhomme« au-dessus de lui-même; nayant été ni conseiller (lu roi, ni échevin,« ni marguillier, on me traitera après ma mort avec très-peu de céré-« monic- On me jettera dans les charniers Saint-Innocent, et on ne« mettra sur ma fosse quune croix (le bois, qui aura déjà servi à« dautres ; mais jai toujours aimé si tendrement ma patrie, que« jai beaucoup de répugnance à être enterré dans un cimetière. Il est« certain quétant mort de la maladie qui mattaque, je puerai hor-« riblement. Cette corruption de tant de corps quon ensevelit à Paris« dans les églises, ou auprès des églises, infecte nécessairement lair ;« et, comme dit très à propos le jeune Ptolémée, en délibérant sil« recevra Pompée citez lui :

«.Ces troncs pourris exhalent dans les vents

« De quoi faire la guerre au reste des vivants.

« Cette ridicule et odieuse coutume de paver les églises de morts« cause dans Paris tous les ans des maladies épidémiques, et il ny a« point de défunt qui ne contribue plus ou moins à empester sa patrie.« Les Grecs et les Romains étaient bien plus sages que nous : leur« sépulture était hors des villes; et il y a même aujourdhui plusieurs« pays en Europe cette salutaire coutume est établie. Quel plaisir« ne serait-ce pas pour un bon citoyen daller engraisser, par exem-« pie, la stérile plaine des Sablons, et de contribuer à faire naîtreh des moissons abondantes ! Les générations deviendraient utiles lesn unes aux autres par ce prudent établissement; les villes seraient« plus saines, les terres plus fécondes. En vérité, je ne puis mem-