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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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4 CE QUI PLAIT AUX DAMES.

Lui concéda huit jours pour y rêver;

Il fit serment aux genoux de la reineDe comparaître au bout de la huitaine,Remercia du décret lénitif,

Prit congé delle, et partit tout pensif.

« Comment nommer, disait-il en lui-même,Très-nettement ce que toute femme aime,

Sans la fâcher? La reine et son sénatOnt aggravé mon trop piteux état.

Jaimerais mieux, puisquil faut que je meure,Que, sans délai, lon meût pendu sur lheure. »

Dans son chemin dès que Robert trouvaitOu femme, ou fille, il priait la passanteDe lui conter ce que plus elle aimait.

Toutes fesaient réponse différente,

Toutes mentaient, nulle nallait au fait.

Sire Robert au diable se donnait.

Déjà sept fois lastre qui nous éclaireAvait doré les bords de lhémisphère,

Quand sur un pré, sous des ombrages frais,

Il vit de loin vingt beautés ravissantesDansant en rond ; leurs robes voltigeantesÉtaient à peine un voile à leurs attraits.

Le doux Zéphyr, en se jouant auprès,

Laissait flotter leurs tresses ondoyantes ;

Sur lherbe tendre elles formaient leurs pas,Rasant la terre, et ne la touchant pas.

Robert approche, et du moins il espèreLes consulter sur la maudite affaire.

En un moment tout disparaît, tout fuit.

Le jour baissait, à peine il était nuit ;

Il ne vit plus quune vieille édentée,

Au teint de suie, à la taille écourtée,

Pliée en deux, sappuyant dun bâton,