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CE QUI PLUT AUX DAMES.
Son nez pointu touche à son court menton,
D’un rouge brun sa paupière est bordée ;Quelques crins blancs couvrent son noir chignon ;En vieux tapis, qui lui sert de jupon,
Tombe à moitié sur sa cuisse ridée :
Elle fit peur au brave chevalier.
Elle l’accoste; et, d’un ton familier,
Lui dit : « Mon fils, je vois à votre mineQue vous avez un chagrin qui vous mine ;Apprenez-moi vos tribulations :
Nous souffrons tous; mais parler nous soulage;Il est encor des consolations.
J’ai beaucoup vu : le sens vient avec l’âge.
Aux malheureux quelquefois mes avisOnt fait du bien quand on les a suivis. »
Le chevalier lui dit : « Hélas ! ma bonne,
Je vais cherchant des conseils, mais en vain.Mon heure arrive, et je dois en personne,
Sans plus attendre , être pendu demain,
Si je ne dis à la reine, à ses femmes,
Sans les fâcher, ce qui plaît tant aux dames. »La vieille alors lui dit : « Ne craignez rien :Puisque vers moi le bon Dieu vous envoie,Croyez, mon fils, que c’est pour votre bien.Devers la cour cheminez avec joie :
Allons ensemble, et je vous apprendraiCe grand secret de vous tant désiré.Maisjurez-moi qu’en me devant la vie,
Vous serez juste, et que de vous j’auraiCe qui me plaît et qui fait mon envie :L’ingratitude est un crime odieux ;
Faites serment, jurez par mes beaux yeuxQue vous ferez tout ce que je désire. »
Le bon Robert le jura, non sans rire.
« Ne riez point, rien n’est plus sérieux,