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LES TROIS MANIÈRES.
Se voyait couronné devant toute la Grèce.
Chaque belle plaidait la cause de son cœur,
De son amant aimé racontait les mérites,
Après un beau serment, dans les formes prescrites,De ne pas dire un mot qui sentit l’orateur,
De n’exagérer rien, chose assez difficile
Aux femmes, aux amants, et même aux avocats.
On nous a conservé l’un de ces beaux débats,
Doux enfants du loisir de la Grèce tranquille.
C’était, il m’en souvient, sous l’archonte Eudamas.
Devant les Grecs charmés trois belles comparurentLa jeune Églé, Téone, et la triste Apamis.
Les beaux esprits de Grèce au spectacle accoururent.Us étaient grands parleurs , et pourtant ils se turent,Écoutant gravement, en demi-cercle assis.
Dans un nuage d’or Vénus avec son filsPrêtait à leur dispute une oreille attentive.
La jeune Églé commence, Églé simple et naïve,
De qui la voix touchante et la douce candeurCharmaient l’oreille et l’œil, et pénétraient au cœur.
ÉGLÉ.
Hermotime, mon père, a consacré sa vieAux muses, aux talents, à ces dons du génieQui des humains jadis ont adouci les mœurs ;
Tout entier aux beaux-arts, il a fui les honneurs ;
Et sans ambition, caché dans sa famille,
Tl n’a voulu donner pour époux à sa filleQu’un mortel comme lui favorisé des dieux,Cultivant tous les arts, et qui saurait le mieuxEn vers nobles et doux élégamment décrire,
Animer sur la toile, et chanter sur la lyreCe peu de vains attraits que m’ont donné les cieux.Lygdamon m’adorait. Son esprit sans cultureDevait, je l'avouerai, beaucoup à la nature :Ingénieux, discret, poli sans compliment,