LES TROIS MANIÈRES.
Que les Athéniens étaient un peuple aimable !
Que leur esprit m’enchante, et que leurs fictionsMe font aimer le vrai sous les traits de la fable !
La plus belle, à mon gré, de leurs inventions
Fut celle du théâtre, où l’on fesait revivre
Les héros du vieux temps, leurs mœurs, leurs passions.
Vous voyez aujourd’hui toutes les nations
Consacrer cet exemple, et chercher à le suivre.
Le théâtre instruit mieux que ne fait un gros livre.Malheur aux esprits faux dont la sotte rigueurCondamne parmi nous les jeux de Melpomène !
Quand le ciel eut formé cette engeance inhumaine,
La nature oublia de lui donner un cœur.
Un des plus grands plaisirs du théâtre d’AthèneEtait de couronner, dans des jeux solennels ,
Les meilleurs citoyens, les plus grands des mortels :
En presence du peuple on leur rendait justice.
Ainsi j’ai vu Villars, ainsi j’ai vu Maurice,
Qu’un maudit courtisan quelquefois censura,
Du champ de la victoire allant à l’Opéra,
Recevoir des lauriers de la main d’une actrice.
Ainsi quand Richelieu revenait de Mahon(Qu’il avait pris pourtant en dépit de l’envie),
Partout sur son passage il eut la comédie ;
On lui battit des mains encor plus qu’à Clairon.
Au théâtre d’Eschyle, avant que MelpomèneSur son cothurne altier vînt parcourir la scène,
On décernait les prix accordés aux amants.
Celui qui, dans l’année, avait pour sa maîtresseFait les plus beaux exploits, montré plus de tendresse,Mieux prouvé par les faits ses nobles sentiments,