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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LA BÉGUEULE.

47

Madame Arsène est encor mieux servie :

Plus dagréments environnaient sa vie ;

Plus de beautés décoraient son séjour ;

Elle avait tout ; mais il manquait lAmour.Pour égayer notre mélancolique,

On lui donna le soir une musique

Dont les accords et les accents nouveaux

Feraient pâmer soixante cardinaux.

tes sons vainqueurs allaient au fond des âmes ;

Mais elle vit, non sans émotion,

Que pour chanter on navait que des femmes.

« Dans ce palais point de barbe au menton !

A quoi, dit-elle, a pensé ma marraine?

Point dhomme ici! Suis-je dans un couvent?Je trouve bon que lon me serve en reine ;

Mais sans sujets la grandeur est du vent.

Jaime à régner, sur des hommes sentend ;

Ils sont tous nés pour ramper dans ma chaîne :Cest leur destin, cest leur premier devoir ;

Je les méprise, et je veux en avoir. »

Ainsi parlait la recluse intraitable ;

Et cependant les nymphes sur le soirAvec respect ayant servi sa table,

On lendormit au son des instruments.

Le lendemain mêmes enchantements,Mêmes festins, pareille sérénade ;

Et le plaisir fut un peu moins piquant.

Le lendemain lui parut un peu fade ;

Le lendemain fut triste et fatigant :

Le lendemain lui fut insupportable.

Je me souviens du temps trop peu durable je chantais, dans mon heureux printemps,Des lendemains plus doux et plus plaisants.

La belle enfin chaque jour fêtoyéeFut tellement de sa gloire ennuyée,