LA BÉGUEULE.
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Madame Arsène est encor mieux servie :
Plus d’agréments environnaient sa vie ;
Plus de beautés décoraient son séjour ;
Elle avait tout ; mais il manquait l’Amour.Pour égayer notre mélancolique,
On lui donna le soir une musique
Dont les accords et les accents nouveaux
Feraient pâmer soixante cardinaux.
tes sons vainqueurs allaient au fond des âmes ;
Mais elle vit, non sans émotion,
Que pour chanter on n’avait que des femmes.
« Dans ce palais point de barbe au menton !
A quoi, dit-elle, a pensé ma marraine?
Point d’homme ici! Suis-je dans un couvent?Je trouve bon que l’on me serve en reine ;
Mais sans sujets la grandeur est du vent.
J’aime à régner, sur des hommes s’entend ;
Ils sont tous nés pour ramper dans ma chaîne :C’est leur destin, c’est leur premier devoir ;
Je les méprise, et je veux en avoir. »
Ainsi parlait la recluse intraitable ;
Et cependant les nymphes sur le soirAvec respect ayant servi sa table,
On l’endormit au son des instruments.
Le lendemain mêmes enchantements,Mêmes festins, pareille sérénade ;
Et le plaisir fut un peu moins piquant.
Le lendemain lui parut un peu fade ;
Le lendemain fut triste et fatigant :
Le lendemain lui fut insupportable.
Je me souviens du temps trop peu durableOù je chantais, dans mon heureux printemps,Des lendemains plus doux et plus plaisants.
La belle enfin chaque jour fêtoyéeFut tellement de sa gloire ennuyée,