LA BEGUEULE.
Que, détestant cet excès de bonheur,
Le paradis lui fesait mal au cœur.
Se trouvant seule, elle avise une brècheA certain mur; et, semblable à la flècheQu’on voit partir de la corde d’un arc,
Madame saute, et vous franchit le parc.
Au même instant palais, jardins, fontainesOr, diamants, émeraudes, rubis,
Tout disparaît à ses yeux ébaubis ;
Elle ne voit que les stériles plainesD’un grand désert, et des rochers affreux :
La dame alors, s’arrachant les cheveux,Demande à Dieu pardon de ses sottises.
La nuit venait, et déjà ses mains grisesSur la nature étendaient ses rideaux.
Les cris perçants des funèbres oiseaux,
Les hurlements des ours et des panthères,Font retentir les antres solitaires.
Quelle autre fée, hélas ! prendra le soinDe secourir ma folle aventurière !
Dans sa détresse elle aperçut de loin,
A la faveur d’un reste de lumière,
Au coin d’un bois, un vilain charbonnier,
Qui s’en allait par un petit sentier,
Tout en sifflant, retrouver sa chaumière.
« Qui que tu sois, lui dit la beauté fière,
Vois en pitié le malheur qui me suit ;
Car je ne sais où coucher cette nuit. »
Quand on a peur, tout orgueil s’humanise.
Le noir pataud, la voyant si bien mise,
Lui répondit : « Quel étrange démonVous fait aller dans cet état de crise,
Pendant la nuit, à pied, sans compagnon?
Je suis encor très-loin de ma maison.
Çà, donnez-moi votre bras, ma mignonne ;