Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
52
JPEG-Download
 

52

LES FINANCES.

Font des biens au soleil un petit inventaire ;

Saisissent tout largent, démeublent le logis.

La femme du bourgeois crie et se désespère ;

Le maître est interdit ; la fille est tout en pleurs,

Un enfant de quatre ans joue avec les voleurs :Heureux pour quelque temps dignorer sa disgrâce !

Son aîné, grand garçon, revenant de la chasseVeut secourir son père, et défend la maison :

On les prend, on les lie, on les mène en prison ;

On les juge, on en fait de nobles Argonautes,

Qui, du port de Toulon devenus nouveaux hôtes d ,Vont ramer pour le roi vers la mer de Cadix.

La pauvre mère expire en embrassant son fils ;Lenfant abandonné gémit dans lindigence,

La fille sans secours est servante à Paris.

Cest ainsi quon travaille un royaume en finance.

NOTES.

a II y eut en effet le Juif Gabelus qui eut des affaires dargent avec lebon homme Tobie : et plusieurs doctes très-sensés firent de lkébreuxlétymologie de gabelle, car on sait que cest de lhébreu que vient lefrançais.

b Un homme qui a tant de cochons doit prendre tant de sel pour lessaler ; et sils meurent, il doit prendre la même quantité de sel, sans quoi11 est rais à lamende, et on vend ses meubles.

c Les contrôleurs du domaine évaluant toujours le bien dont tout col-latéral hérite au triple de la valeur, le taxent suivant cette évaluation,imposent une amende excessive, vendent le bien à lencan, et lachètentà bon marché.

d Laventure est arrivée à la famille dAntoine Fusigat.