LES FINANCES.
Si
« Oui, l’ami. » « Je révère un si sublime emploi :
Le mot d'aide s’entend ; gabelles m’embarrasse.
D’où vient ce mot? » « D’un Juif appelé Gabelus a . »
« Ah ! d’un Juif! je le crois. » « Selon les nobles usDe ce peuple divin, dont je chéris la race,
Je viens prendre chez vous les droits qui' me sont dus.
J’ai fait quelques progrès, par mon expérience,
Dans l’art de travailler un royaume en finance.
Je fais loyalement deux parts de votre bien :
La première est au roi, qui n’en retire rien ;
La seconde est pour moi. Voici votre mémoire.
Tant pour les brocs de vin qu’ici nous avons bus ;
Tant pour ceux qu’aux marchands vous n’avez point vendus,Et pour ceux qu’avec vous nous comptons encor boire ;
Tant pour le sel marin duquel nous présumonsQue vous deviez garnir vos savoureux jambons b .
Vous ne l’avez point pris, et vous deviez le prendre.
Je ne suis point méchant, et j’ai l’âme assez tendre.Composons, s’il vous plaît. Payez dans ce momentDeux mille écus tournois par accommodement. »
Mon badaud écoutait d’une mine attentiveCe discours éloquent qu’il ne comprenait pas ;
Lorsqu’un autre seigneur en son logis arrive,
Lui fait son compliment, le serre entre ses bras :
« Que vous êtes heureux ! votre bonne fortune,
En pénétrant mon cœur, à nous deux est commune.
Du domaine royal je suis le contrôleur :
J’ai su que depuis peu vous goûtez le bonheurD’être seul héritier de votre vieille tante.
Vous pensiez n’y gagner que mille écus de rente :
Sachez que la défunte en avait trois fois plus.
Jouissez de vos biens, par mon savoir accrus.
Quand je vous enrichis, souffrez que je demande,
Pour vous être trompé, dix mille francs d’amende e .
Aussitôt ces messieurs, discrètement unis,