OU LES FILLES DE MINEE.
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Cette Vénus qui créa le Plaisir,
Cette Vénus qui répare le monde,
Ressuscita, sept jours après sa mort,
Le dieu charmant dont vous plaignez le sort. »
« Bon, dit Climène, en voici bien d’une autre :Ma chère sœur, quelle idée est la vôtre ?Ressusciter les gens ! je n’en crois rien. »
« Ni moi non plus , dit la belle conteuse;
Et l’on peut être une fille de bienEn soupçonnant que la fable est menteuse.
Mais tout oela se croit très-fermementChez les docteurs de ma noble patrie,
Chez les rabbins de l’antique Syrie,
Et vers le Nil, où le peuple en dansant,
De son Isis entonnant la louange,
Tous les matins fait des dieux, et les mange.Chez tous ces gens Adonis est fêté ;
On vous l’enterre avec solennité :
Six jours entiers l’enfer est sa demeure ;
Il est damné tant en corps qu’en esprit ;
Dans ces six jours chacun gémit et pleure ;
Mais le septième il ressuscite ; on rit.
Telle est, dit-on, la belle allégorie,
Le vrai portrait de l’homme et de la vie :
Six jours de peine, un seul jour de bonheur.
Du mal au bien toujours le destin change :
Mais il est peu de plaisirs sans douleur,
Et nos chagrins sont souvent sans mélange. »
De la sage Climène enfin c’était le tour.
Son talent n’était pas de conter des sornettes,
De faire des romans, ou l’histoire du jour,
De ramasser des faits perdus dans les gazettes.
Elle était un peu sèche, aimait la vérité,
La cherchait, la disait avec simplicité ;