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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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SÉSOSTRIS.

Vous le savez, chaque homme a son géniePour léclairer et pour guider ses pasDans les sentiers de cette courte vie.

A nos regards il ne se montre pas ,

Mais en secret il nous tient compagnie.

On sait aussi quils étaient autrefois

Plus familiers que dans lâge nous sommes :

Ils conversaient, vivaient avec les hommesEn bons amis, surtout avec les rois.

Près de Memphis, sur la rive fécondeQuen tous les temps, sous des palmiers fleuris,

Le dieu du Nil embellit de son onde,

Un soir au frais, le jeune SésostrisSe promenait, loin de ses favoris,

Avec son ange, et lui disait : « Mon maître,

Me voilà roi : jai dans le fond du cœurUn vrai désir de mériter de lêtre :

Comment my prendre ? » Alors son directeurDit : « Avançons vers ce grand labyrintheDont Osiris forma la belle enceinte ;

Vous lapprendrez. » Docile à ses avis,

Le prince y vole. Il voit dans le parvisDeux déités despèce différente :

Lune paraît une beauté touchante,

Au doux sourire, aux regards enchanteurs,Languissamment couchée entre des fleurs,

DAmours badins, de Grâces entourée,

Et de plaisir encor tout enivrée.

Loin derrière elle étaient trois assistants ,

Secs, décharnés, pâles, et chancelants.

1 Ce conte est une allégorie en lhonneur de Louis XVI, qui régnaitdepuis environ vingt mois. Note de M. Beuchot.