SÉSOSTRIS.
Vous le savez, chaque homme a son géniePour l’éclairer et pour guider ses pasDans les sentiers de cette courte vie.
A nos regards il ne se montre pas ,
Mais en secret il nous tient compagnie.
On sait aussi qu’ils étaient autrefois
Plus familiers que dans l’âge où nous sommes :
Ils conversaient, vivaient avec les hommesEn bons amis, surtout avec les rois.
Près de Memphis, sur la rive fécondeQu’en tous les temps, sous des palmiers fleuris,
Le dieu du Nil embellit de son onde,
Un soir au frais, le jeune SésostrisSe promenait, loin de ses favoris,
Avec son ange, et lui disait : « Mon maître,
Me voilà roi : j’ai dans le fond du cœurUn vrai désir de mériter de l’être :
Comment m’y prendre ? » Alors son directeurDit : « Avançons vers ce grand labyrintheDont Osiris forma la belle enceinte ;
Vous l’apprendrez. » Docile à ses avis,
Le prince y vole. Il voit dans le parvisDeux déités d’espèce différente :
L’une paraît une beauté touchante,
Au doux sourire, aux regards enchanteurs,Languissamment couchée entre des fleurs,
D’Amours badins, de Grâces entourée,
Et de plaisir encor tout enivrée.
Loin derrière elle étaient trois assistants ,
Secs, décharnés, pâles, et chancelants.
1 Ce conte est une allégorie en l’honneur de Louis XVI, qui régnaitdepuis environ vingt mois. Note de M. Beuchot.