LE BOURBIER.
1714 .
Pour tous rimeurs, habitants du Parnasse,De par Phébus il est plus d’une place :
Les rangs n’y sont confondus comme ici :
Et c’est raison. Ferait beau voir aussiLe fade auteur d’un roman ridiculeSur même lit couché près de Catulle ;
Ou bien la Motte ayant l’honneur du pasSur le harpeur 1 ami de Mécénas :
Trop bien Phébus sait de sa républiqueRégler les rangs et l’ordre hiérarchique ;
Et, dispensant honneur et dignité,
Donne à chacun ce qu’il a mérité.
Au haut du mont sont fontaines d’eau pure,Riants jardins, non tels qu'à ChâtillonEn a planté l’ami de Crébillon,
Et dont l’art seul a fourni la parure :
Ce sont jardins ornés par la nature.
Là sont lauriers, orangers toujours verts ;Séjournent là gentils feseurs de vers.Anacréon, Virgile, Horace, Homère,
Dieux qu’à genoux le bon Dacier révère,D’un beau laurier y couronnent leur front.Un peu plus bas, sur le penchant du mont,Est le séjour de ces esprits timides,
De la raison partisans insipides,
Qui, compassés dans leurs vers languissantsA leur lecteur font haïr le bon sens.
Adonc, amis, si, quand ferez voyage,
Vous abordez la poétique plage,
Et que la Motte ayez désir de voir,
Horace.