LE BOURBIER.
Retenez bien qu’illec est son manoir.
Là ses consorts ont leurs tètes ornéesDe quelques fleurs presque en naissant fanées,D’un sol aride incultes nourrissons,
Et digne prix de leurs maigres chansons.
Cettui pays n’est pays de Cocagne.
Il est enfin, au pied de la montagne,
Un bourbier noir, d’infecte profondeur,
Qui fait sentir très-malplaisante odeurA tout chacun, fors à la troupe impureQui va nageant dans ce fleuve d’ordure.
Et qui sont-ils ces rimeurs diffamés ?
Pas ne prétends que par moi soient nommés.Mais quand verrez chansonniers, feseurs d’odes,Rogues corneurs de leurs vers incommodes,Peintres, abbés, brocanteurs, jetonniers,
D’un vil café superbes casaniers,
Où tous les jours, contre Rome et lp Grèce,
De maldisants se tient bureau d’adresse,
Direz alors, en voyant tel gibier :
Ceci paraît citoyen du bourbier.
De ces grimauds la croupissante raceEn cettui lae incessamment coasseContre tous ceux qui, d’un vol assuré,
Sont parvenus au haut du mont sacré.
En ce seul point cettui peuple s’accorde,
Et va cherchant la fange la plus ordePour en noircir les menins d’Hélicon ,
Et polluer le trône d’Apollon.
C’est vainement ; car cet impur nuageQue contre Homère, en son aveugle rage,
La gent moderne assemblait avec art,
Est retombé sur le poète Houdart :
Houdart, ami de la troupe aquatique,
Et de leurs vers approbateur unique,
Comme est aussi le tiers état auteur