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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LE BOURBIER.

Retenez bien quillec est son manoir.

ses consorts ont leurs tètes ornéesDe quelques fleurs presque en naissant fanées,Dun sol aride incultes nourrissons,

Et digne prix de leurs maigres chansons.

Cettui pays nest pays de Cocagne.

Il est enfin, au pied de la montagne,

Un bourbier noir, dinfecte profondeur,

Qui fait sentir très-malplaisante odeurA tout chacun, fors à la troupe impureQui va nageant dans ce fleuve dordure.

Et qui sont-ils ces rimeurs diffamés ?

Pas ne prétends que par moi soient nommés.Mais quand verrez chansonniers, feseurs dodes,Rogues corneurs de leurs vers incommodes,Peintres, abbés, brocanteurs, jetonniers,

Dun vil café superbes casaniers,

tous les jours, contre Rome et lp Grèce,

De maldisants se tient bureau dadresse,

Direz alors, en voyant tel gibier :

Ceci paraît citoyen du bourbier.

De ces grimauds la croupissante raceEn cettui lae incessamment coasseContre tous ceux qui, dun vol assuré,

Sont parvenus au haut du mont sacré.

En ce seul point cettui peuple saccorde,

Et va cherchant la fange la plus ordePour en noircir les menins dHélicon ,

Et polluer le trône dApollon.

Cest vainement ; car cet impur nuageQue contre Homère, en son aveugle rage,

La gent moderne assemblait avec art,

Est retombé sur le poète Houdart :

Houdart, ami de la troupe aquatique,

Et de leurs vers approbateur unique,

Comme est aussi le tiers état auteur